Quinze ans après la flambée d'agitation libérale et nationale qui avait ébranlé l'ordre restauré par les vainqueurs de Napoléon lors du congrès de Vienne (1814-1815), l'Europe connaît, en 1848, une nouvelle poussée de fièvre qui, gagnant de proche en proche toute une partie du continent, s'étend cette fois jusqu'au cœur du système politico-diplomatique dont l'Autriche du chancelier Metternich constituait le maillon le plus fort. La révolution européenne de 1848-1849 est un mouvement complexe, dont l'imagerie historique a surtout retenu le caractère libérateur à l'égard des États hostiles à l'émancipation des minorités nationales. C'est en ce sens qu'on a parlé d'un « printemps des peuples ». Elle traduit en fait, d'un pays à l'autre, des revendications différentes, conséquence de la diversité des cultures politiques et surtout de la nature et de l'influence des couches sociales qui participent à la lutte contre les oligarchies d'Ancien Régime détentrices du pouvoir.
En jetant bas, dans l'une des principales puissances de l'Europe, une monarchie réputée libérale, la révolution parisienne de février 1848 a pris figure de symbole et a joué aussitôt un rôle d'entraînement comparable à celui des journées de juillet 1830. Le caractère emblématique des événements qui ont entraîné la chute de Louis-Philippe ne signifie pas toutefois que l'incendie qui a embrasé l'Europe est parti exclusivement des rives de la Seine. Partout, le terrain a été préparé par la grave crise économique de 1847-1848 qui a plongé les classes populaires dans le chômage et la misère et provoqué un vif mécontentement dans les milieux du négoce et de l'industrie.
L'Autriche, pilier de l'ordre restauré, est touchée la première. Le 13 mars, à la suite de manifestations rassemblant ouvriers et étudiants, Vienne se soulève, obligeant Metternich à s'enfuir et l'empereur Ferdinand à « octroyer » une Constitution (une nouvelle émeute en mai le contraindra à suivre une voie plus démocratique et à convoquer une Assemblée constitu […]
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