Dérivé du nom d'Évhémère, écrivain grec du ~ iiie siècle, l'évhémérisme désigne non une école déterminée, mais une tendance de certains historiens des religions (surtout au xviiie et au xixe s.) à expliquer la genèse des mythes et des figures divines par la déformation légendaire que des faits historiques auraient subie au cours des âges ou par l'instauration d'un culte s'adressant à des ancêtres ou des héros qui auraient réellement existé dans un passé reculé.
Évhémère est l'auteur d'une Histoire sacrée (Hiera Anagraphè), roman utopique, malheureusement perdu dans sa plus grande partie, dans lequel il raconte un voyage dans trois îles paradisiaques de l'océan Indien. Il y décrit les conditions de vie idylliques qui règnent dans ces lieux, mais surtout la découverte qu'il y fait d'une colonne d'or sur laquelle, selon l'usage antique, les hauts faits des rois Ouranos, Kronos et Zeus sont narrés. Il apparaît ainsi que ces dieux suprêmes du panthéon grec ont été des rois qui ont vécu à une époque préhistorique et ont été honorés comme dieux après leur mort, à cause de leurs bienfaits et de leurs inventions civilisatrices.
On peut se demander quelles étaient les vraies intentions d'Évhémère. Voulait-il, tout en gardant une religion astrale, critiquer la religion anthropomorphique et appartient-il ainsi au mouvement de l'Aufklärung sophistique ? S'agit-il au contraire d'une apologie (ou peut-être d'une critique) du culte des souverains qui commençait à se développer dans les monarchies hellénistiques ? Quoi qu'il en soit, son roman, traduit par Ennius, devait fournir des arguments à la polémique antipaïenne des Pères de l'Église latine.
Pierre HADOT
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