La mort en exil à Santiago du Chili, le 29 mai 1994, d'Erich Honecker, ancien dirigeant de la République démocratique allemande, met fin à un destin peu banal, à l'image des bouleversements et des contradictions de l'histoire allemande au xxe siècle. Qu'un dictateur communiste, fils de mineur, soit un jour renié par ses sujets n'a rien de surprenant. Mais il est assez exceptionnel que l'État de 16,5 millions d'habitants, qu'il a contribué à construire et qu'il a lui-même dirigé, disparaisse complètement de son vivant.
Né à Neunkirchen, en Sarre, le 25 août 1912, dans une famille de six enfants dont le père, ancien social-démocrate, adhère au Parti communiste dès sa fondation, au début de 1919, Erich Honecker est resté fidèle à l'idéologie communiste toute sa vie, au point de refuser toute autocritique, même après sa perte du pouvoir. Ouvrier agricole puis couvreur, il appartient aux Jeunesses communistes, dont il sera le responsable sarrois avant d'en devenir le chef clandestin pour toute l'Allemagne de 1933 à 1935. Il adhère au Parti communiste dès 1929. Arrêté en 1935, condamné à dix ans de prison, près de Berlin, il est libéré par les Soviétiques à la fin d'avril 1945.
Les quarante-quatre années suivantes se confondent avec l'histoire de la partie communiste de l'Allemagne. À la demande des occupants, Erich Honecker reconstitue les Jeunesses communistes dans la zone soviétique en 1946 ; la Freie deutsche Jugend (F.D.J., Jeunesse allemande libre) embrigade la quasi-totalité de la jeunesse de la R.D.A., fondée en 1949. Le président de la F.D.J. fait un second séjour de formation à Moscou, en 1955, après celui de 1930-1931. De retour à Berlin-Est, il est chargé du secteur délicat de la Défense et de la Sécurité intérieure. C'est à ce titre qu'il coordonne la construction du Mur de Berlin, à partir du 13 août 1961. Entre-temps, il est passé du comité central au bureau politique du tout-puissant Sozialistische Einheitspartei Deutschlands (S.E.D., Parti socialiste unifié d'Allemagne), en réalité un Parti communiste très orthod […]
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