Peintre lillois qui vient à Paris en 1881 et fréquente l'atelier de Cormon où il rencontre Van Gogh et Toulouse-Lautrec. Exclu de l'atelier en 1886, Émile Bernard voyage en Normandie et en Bretagne, fait la connaissance de Schuffenecker, puis, lors de son retour à Pont-Aven en 1888, se lie durablement avec Gauguin. Après des débuts impressionnistes et pointillistes, c'est l'élaboration en commun d'un nouveau style qui s'appuie surtout sur l'exemple des primitifs et des artistes japonais : dessin simplifié, surfaces cernées, couleurs pures, recherche de cadrages originaux. C'est la naissance de l'école de Pont-Aven ou école synthétiste, dont Gauguin et Émile Bernard sont les initiateurs, et qui se manifeste l'année suivante à l'Exposition des peintres symbolistes et synthétistes au café Volpini. Émile Bernard est ainsi à l'origine d'un mouvement décisif pour les dernières années du siècle. Son œuvre propre a toutefois quelque chose de plus sec et de plus forcé qui la met sensiblement en retrait de celle de Gauguin (Bretonnes aux ombrelles, musée d'Orsay, Paris ; Madeleine au bois d'amour, musée d'Orsay, 1888). Le départ de celui-ci pour Tahiti en 1891 mettra d'ailleurs fin à une amitié orageuse. À partir de là, l'œuvre de Bernard prend une orientation différente, plus idéaliste et mystique (participation à l'Exposition des nabis en 1892 et en 1893 et au premier Salon rose-croix), et moins soucieuse d'une forme moderne : le peintre se réfère de plus en plus à l'art byzantin et médiéval, plus tard à la peinture italienne de la Renaissance, pour condamner l'évolution de l'art contemporain (Réflexions d'un témoin de la décadence du Beau, 1902). Il faut toutefois souligner l'importance de son prosélytisme en faveur de l'art de ses amis Van Gogh et Cézanne (sur lequel il nous a laissé des Souvenirs et dont il a publié des lettres fondamentales en 1907) et signaler, à côté des travaux plus académiques, l'intérêt de ses gravures sur bois, publiées notamment dans L'Ymagier, périodique qui paraît d'octobre 1894 à juillet 1896.
Jean-Paul BOUILLON
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