2. La déconstruction des mythes
Deux fils rouges qui souvent se croisent traversent son œuvre : la femme méprisée dans sa condition de femme, comme chez Bachmann, victime de la répression masculine, et la violence du passé nazi. « Ce n'est pas parce que les nazis ont été vaincus que le monde a été dénazifié d'un seul coup. Cette brutalité se retrouve dans le couple, dans la violence que l'homme exerce envers la femme, et à l'intérieur de la famille, où la femme se retourne contre ce qu'il y a de plus faible, en l'occurrence contre ses enfants. » Dans Lust (1989 ; trad. franç., 1991) et dans Gier, ein Unterhaltungsroman (2000 ; Avidité, 2003), Jelinek se propose de montrer que les rapports de force existent aussi dans la sexualité. De plus, pour Jelinek, la femme n'est pas seulement une esclave sur les plans tant social que sexuel, elle est aussi une « prolétaire du langage ». C'est en entreprenant l'écriture de Lust, qui devait originellement être une contre-histoire de l'Histoire de l'œil (1928) de Georges Bataille, qu'elle découvre « qu'il n'y a pas de langue féminine pour écrire l'obscénité ». Ce qui reste aux femmes, c'est de « tourner en ridicule cette langue masculine, de la détourner d'une façon subversive, de [s'] en moquer ».
Les années 1980, au cours desquelles surgit l'affaire Waldheim, fournissent par ailleurs à Elfriede Jelinek l'occasion de braquer son regard sur deux « vaches sacrées » de la culture autrichienne : la représentation idyllique de la nature et le célèbre Burgtheater viennois. En 1985, elle publie Oh Wildnis, Oh Schutz vor ihr (Méfions-nous de la nature sauvage, 1995) et sa pièce Burgtheater est mise en scène à Bonn, où elle rencontre un très grand succès. Loin de vouloir célébrer la beauté rustique de l'Autriche ou les vertus de l'institution viennoise qu'est le Burgtheater, Jelinek se livre à une déconstruction des mythes, rappelant sans complaisance la barbarie du passé nazi autrichien et la complaisance de la bourgeoisie éclairée qui l'a acceptée, tolérée, voire enc […]
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