4. Magie et morale
• La force magique
La religion, culte des dieux ou religion funéraire, est tout imprégnée de magie. C'est ainsi que les Égyptiens attribuent une puissance profonde au nom : connaître le nom d'un dieu ou d'un ennemi, c'est avoir pouvoir sur lui. Prêtres et particuliers ne se privent pas d'utiliser la magie. Les Textes des pyramides, entre autres, vont jusqu'à placer le Mort royal au-dessus des dieux : « C'est lui [le roi mort] qui absorbe la force magique [des dieux] et avale leur puissance. Les grands dieux sont pour son repas du matin, les moyens pour celui du soir, et les petits pour son souper nocturne. » D'autres opérations magiques utilisent aussi le pouvoir contraignant qu'implique la connaissance du nom : dès l'Ancien Empire, on inscrit les noms des ennemis de Pharaon sur des vases ou sur des statuettes qui sont ensuite brisés ou « tués » et enterrés.
Les particuliers n'hésitent pas à adresser des « lettres aux Morts », leur demandant d'intervenir dans leurs affaires, ce qui est d'ailleurs logique puisqu'il n'y a pas de rupture entre monde des vivants et outre-tombe. Ces lettres, écrites sur des poteries, parfois sur papyrus, sont déposées dans la tombe. Une autre méthode entremêle magie et religion en versant de l'eau sur une statue couverte de figurations de dieux et de formules appropriées ; en passant sur les images divines et les textes, l'eau s'imprègne de leur puissance, et il suffit alors d'absorber cette eau pour assimiler les textes. Cette pratique pouvait immuniser contre des dangers terrestres (piqûres de scorpion, morsure de serpent) ou surnaturels (hostilité d'un dieu ou d'un génie malfaisant, voire d'un revenant).
À côté de la puissance du nom existe donc la puissance de l'image : toute représentation d'un être ou d'un objet participe de cet être ou de cet objet ; de là le pouvoir des amulettes, portées par les vivants ou placées sur la momie, et représentant des divinités ou des objets chargés de force magique. Celui qui porte cette image met sa puissance à son propre service.
La civilisation égyptienne n'a pas cru à l'astrologie. Celle-ci, en effet, n'apparaît qu'à l'époqu […]
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