2. Le nouveau style
• L'apport des « Mannheimer »
Les compositeurs de Mannheim ont commencé à rechercher ce qui fera la qualité particulière du classicisme viennois : un équilibre entre la forme et l'expression ; mais ce n'est que dans certaines œuvres de Haydn, et surtout de Mozart et de Beethoven, que cet idéal sera atteint. À Mannheim, la musique est un art de cour, comme elle le sera encore à Eszterháza pour Haydn ; cela explique en partie que les Mannheimer aient recherché les effets brillants qui frappent l'auditoire, et le côté expressif, facilement accessible et un peu superficiel chez eux, de l'emploi des nuances, des modulations, des timbres. Mais leur démarche s'inscrit dans la lignée de l'Empfindsamkeit (approximativement : sensibilité), un mouvement assez général dans l'Europe musicale du xviiie siècle, particulièrement fort en Allemagne où C. P. E. Bach en était le meilleur représentant, et qui proposait comme idéal en musique l'expression des sentiments et des mouvements de l'âme. Certes les contrastes de nuances, de timbres et de tonalités des compositeurs de Mannheim paraissent souvent maintenant plus décoratifs qu'expressifs, mais il n'en allait pas de même pour leurs contemporains, et ces innovations firent sensation.
Dans le domaine de la dynamique, Stamitz et ses successeurs obtinrent le crescendo et le decrescendo de tout l'orchestre ; ils employèrent beaucoup cet effet. Dans une des symphonies « melodia germanica » de Stamitz par exemple, le premier mouvement débute avec les cordes pianissimo en trémolos, et un grand crescendo amène l'entrée du thème fortissimo. Le crescendo peut être souligné par une entrée progressive des instruments, et il peut, à son sommet, aboutir à un piano subito, ce qui était tout à fait surprenant à l'époque. Ces nuances concernent une partie d'un mouvement, ou bien se trouvent contenues dans les limites d'un thème, dont elles font alors partie intégrante. Les Mannheimer emploient aussi un effet d'écho : une même phrase musicale est jouée deux fois, la première fois fortissimo, la seconde fois piani […]
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