C'est en 1817 que Victor Cousin donna son sens moderne au terme « éclectisme » (issu du grec eklegein, choisir), soit quelques décennies après la Révolution française. Pour l'historien de l'architecture Vincent Scully, l'éclectisme, que préfigure en 1782 le hameau de Marie-Antoinette, est l'art du réfugié, le syncrétisme apolitique qui s'oppose aux enthousiasmes romantiques de Boullée et de Ledoux (Marx ne disait-il pas que les époques de transformations rapides sont précisément celles où les hommes se raccrochent le plus craintivement à leur passé ?). En ce sens, tout le xixe siècle architectural pourrait être dit éclectique, si l'on admet que les références à l'art du passé constituent son principal ressort : même le plus rationaliste des théoriciens d'alors, Viollet-le-Duc, se croit obligé de prendre le gothique pour exemple et de mouler ses concepts révolutionnaires d'ossature dans des schémas de cathédrale.
C'est en fait la réaction contre cette tentative multiforme de se réapproprier les styles historiques (que le modèle fût Byzance, la Grèce, le gothique, le roman ou la Renaissance) qui donna négativement une cohérence à cette diversité. Contemporain et ami de Loos, et partageant son jansénisme esthétique, Robert Musil parle ainsi du xixe siècle dans L'Homme sans qualités : « Le siècle qu'on venait d'enterrer n'avait pas spécialement brillé par sa seconde moitié. Il s'était montré adroit dans le domaine de la technique, du commerce et de la recherche, mais, en dehors de ces foyers d'énergie, calme et menteur comme une eau dormante. On avait peint comme les vieux maîtres, écrit comme Goethe et Schiller, bâti dans le style gothique ou Renaissance. L'exigence d'idéal pesait sur toutes les manifestations de la vie comme une préfecture de police. Mais en vertu de cette loi secrète aux termes de laquelle aucune imitation n'est permise à l'homme si elle ne s'accompagne d'un excès [souligné ici], tout se faisait alors avec une méthode dont les modèles tant admirés n'a […]
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