Sculpteur français. Son nom est étroitement lié à l'histoire du romantisme en France, car il fut une des figures les plus pittoresques de l'avant-garde artistique de 1830. Mais cette effervescence fut de courte durée, et l'œuvre de Duseigneur n'est qu'un impur reflet de l'idéal romantique. Formé à l'École des beaux-arts, auprès de maîtres d'un classicisme assez éclectique (Bosio, Dupaty, Cortot), il ne parvient jamais à se dégager de cette origine académique. Pour quelques années cependant, de 1830 à 1835 environ, il cherche à faire passer dans sa sculpture quelque chose du programme défini par les écrivains et les peintres romantiques de l'époque Charles X : abandon du répertoire classique pour des sources littéraires modernes, exaltation du laid et de l'expressif. Cette pétulance baroque semblait avoir disparu en France depuis Puget (à l'exception des sculptures de Géricault, restées à peu près inconnues) et sa tumultueuse résurgence, dans le Roland furieux de Duseigneur (Louvre) exposé au Salon de 1831, put donner un instant illusion d'une renaissance de la sculpture française. Le héros fou d'amour, faisant saillir « les grands os de sa forte poitrine » (Théophile Gautier) et tordant ses membres enchaînés, pouvait aussi passer pour l'image même de l'artiste romantique, luttant pour arracher à la résistance de la matière l'expression forcenée de son génie et de sa passion. Cette ronde-bosse convulsive contenait l'écho lointain de la terribilità michelangelesque : celle que Stendhal appelait de ses vœux dès 1817, quand il écrivait que la « soif de l'énergie nous ramènera aux chefs-d'œuvre de Michel-Ange ». Mais Duseigneur ressemble moins à Michel-Ange qu'à ses imitateurs maniéristes, et le Roland furieux, avec sa tête d'expression qui sent le modèle d'atelier, son complaisant étalage de musculatures, le réalisme trop prononcé des accessoires, n'est guère mieux qu'un compromis entre le romantisme et la convention. On peut même dire, quoique Duseigneur occupe une place plus voyante dans la légende romantique, que son lyrisme est bien moins origin […]
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