Région littorale de la Croatie — l'une des six républiques socialistes fédératives de Yougoslavie, qui a proclamé son indépendance en 1991 —, entre le golfe de Kvarner au nord et le littoral monténégrin au sud.
Étroite frange littorale et insulaire d'un épais bourrelet montagneux, la Dalmatie (Dalmacija, 480 696 hab. selon les estimations de 2007) juxtapose à une Croatie et à une Bosnie-Herzégovine essentiellement continentales une marge méditerranéenne, dont les hivers connaissent cependant des coups de froid dus au vent du nord-est, la bora. Son relief est celui d'une côte de submersion en structure plissée : chapelets d'îles anticlinales allongées que séparent des bras de mer synclinaux, les kanali. Serrée de près par la montagne karstique, elle ne s'épanouit que dans le flysch, en arrière de Zadar, où se trouvent les meilleures possibilités agricoles.
Interposée pendant des siècles entre la Bosnie turque et la mer, la Dalmatie doit nombre de ses traits originaux aux influences italiennes. Dominée par Venise (à l'exception de Dubrovnik) de 1420 à 1797, elle est restée ensuite austro-hongroise, sauf pendant l'intermède napoléonien des Provinces Illyriennes (1805-1814), jusqu'à la naissance de la Yougoslavie en 1918. L'Italie l'a longtemps considérée comme terra irredenta et a détenu Zadar (Zara) et quelques îles jusqu'en 1945.
La Dalmatie a largement bénéficié des progrès économiques de la Yougoslavie socialiste : le port de Split (175 140 hab. selon le recensement de 2001 ; chantiers navals, cimenterie, industries chimiques) fut le second du pays en dépit d'une desserte insuffisante ; celui de Ploče est relié par voie ferrée à Sarajevo. La bauxite locale est traitée par l'usine d'aluminium de Šibenik. Une route dessert tout le littoral et se prolonge, à travers le Monténégro, vers la Serbie et la Macédoine. Elle a facilité le développement d'un tourisme de masse, tant national qu'étranger, pour lequel ont été construits des complexes hôteliers avec le concours d'investissements étrangers et aussi de prêts de la Banque mondiale.
Ce développement entraîne une polarisation des activités et des hommes sur le littoral. Les îles, qui vivaient, comme celles de l'archipel grec, de pêche artisanale et de polyculture méditerranéenne, ont presque toutes été vidées par un siècle d'émigration transocéanique. L'arrière-pays immédiat (Zagora) se dépeuple à son tour au profit des centres urbains et, en particulier, de ceux des pays industrialisés d'Europe occidentale.
Michel ROUX
Retour en haut



