Psychiatre français. Clérambault est surtout connu par ses travaux cliniques à la fameuse Infirmerie spéciale du dépôt, à Paris, où il succéda à son maître Dupré, en 1920. Après des études sur les psychoses toxiques et les troubles mentaux consécutifs à des intoxications chroniques (en particulier celle de l'alcoolisme), il s'illustra par sa description des psychoses passionnelles. Il individualisa, en particulier, l'érotomanie, illusion délirante d'être aimé. Il en précisa les différents stades évolutifs et les formes primaire et secondaire (selon qu'elle survient chez une personnalité jusque-là regardée comme normale ou sur une psychose déjà constituée).
C'est surtout par la conception de l'« automatisme mental » comme générateur du délire chronique que Clérambault est entré dans l'histoire de la pathogénie psychiatrique. Il montre que les différents troubles qui constituent cet « automatisme » (troubles de la pensée et du langage intérieur, hallucinations auditives verbales, automatismes moteurs et sensitifs surajoutés, entraînant une véritable impression d'action extérieure, d'emprise étrangère, de xénopathie) ne sont pas secondaires à la psychose, mais autonomes et primitifs. Le syndrome, d'abord « neutre », ne touche le sujet que d'une manière passive. Ce n'est que peu à peu que celui-ci se défend de cet automatisme par le délire, un délire à thème d'influence ou de persécution le plus souvent.
Les idées délirantes sont donc bien, pour Clérambault, la suite d'un trouble qu'il situe, selon une perspective organo-génétique, dans un dysfonctionnement cérébral primaire. Cette thèse, relevant apparemment d'un organicisme, d'un atomisme psycho-physiologique, d'un mécanisme qui étaient très prisés au xixe siècle, a été vivement critiquée, en particulier par H. Ey (Études psychiatriques, tome I, 1952). Néanmoins, elle recouvre une analyse séméiologique et psychopathologique très approfondie, accompagnée d'un sens intuitif de la personnalité morbide envisagée dans son individualité et sa totalité. En ce sens, les observations très détaillées et richement documentées du maître de l'Infirmerie spéciale ont eu une grande influence sur les psychiatres les plus éloignés de cette pensée mécaniciste : des phénoménologues comme Eugène Minkowski et certains psychanalystes, notamment Jacques Lacan, n'ont cessé de rappeler l'importance de cet enseignement clinique exceptionnel.
Les articles de Clérambault, disséminés dans de nombreux périodiques, ont été réunis par J. Fretet et intitulés Œuvre psychiatrique (2 vol., Paris, 1942).
Jacques POSTEL
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