Clarence Brown fait partie de ces probes artisans du cinéma américain, dédaignés des historiens et des critiques sous prétexte qu'on ne trouve pas dans leur œuvre d'évidente continuité thématique, de constantes formelles, ni la trace palpable d'un auteur, au sens moderne du mot, mais seulement (et ce n'est pas rien) une parfaite connaissance du métier de réalisateur, un sens aigu de la narration, de la scénographie, du cadre, permettant de s'atteler avec la même aisance à n'importe quel sujet, genre ou interprète. Brown est de la famille – et de la génération – des Henry King, Allan Dwan, William Wellman. Son nom est indissociable de celui d'un studio, la Metro Goldwyn Mayer, dont il a contribué à affermir le « style ». Il a tourné cinquante films, dont une dizaine au moins sont dignes de rester dans l'histoire du cinéma.
La passion de jeunesse de Clarence Brown est l'automobile : il fonde une entreprise, la Brown Motor Corp., à Birmingham (Alabama). Au lendemain de la Première Guerre mondiale, on le retrouve assistant de Maurice Tourneur, émigré aux États-Unis : il est à ses côtés pour une trentaine de films et le remplacera au pied levé lors de la finition du Dernier des Mohicans. Brown se lance dans la production et la réalisation dès 1920, et se mesure sans complexe avec des comédiens de la trempe de Lon Chaney ou de Wallace Beery. Il connaît ses premiers succès en 1925 avec L'Aigle noir (l'un des meilleurs films de Rudolph Valentino), Kiki (1926, avec Norma Talmadge) et La Piste de 98 (1928). Mais c'est surtout auprès de Greta Garbo qu'il va s'affirmer : alors que tous ses confrères tremblent devant l'ombrageuse vedette, lui réussit à l'amadouer, au point qu'elle ne tournera pas moins de six films avec lui – et quels films ! La Chair et le Diable (1927), A Woman of Affairs (1929), Anna Christie (1930), Romance (1930), Anna Karenine (1935) et son chant du cygne, Marie Waleska (1937). « La Divine » est meilleure dans ces films qu'elle ne fut jamais, sauf chez Cukor. Brown sait restitu […]
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