3. Châteaux et maisons fortes du bas Moyen Âge
• Caractères généraux
Les événements militaires et les guerres civiles du bas Moyen Âge se sont traduits par des modifications significatives dans la silhouette des châteaux. Les progrès de l'échelade, c'est-à-dire de l'attaque au moyen d'échelles employées massivement et simultanément, ainsi que le tir parabolique de la primitive artillerie à feu, ont eu pour conséquence la surélévation des courtines qui ont bientôt atteint la même hauteur que les tours. Désormais une terrasse, comme à Tarascon, ou un chemin de ronde continu, comme à Pierrefonds, se développe au sommet de l'enceinte, facilitant les déplacements de la garnison. Celle-ci peut s'étoffer à proportion des logements qui sont construits contre les courtines surélevées.
Dans le château transformé en caserne, le donjon retrouve son utilité. Il redevient le refuge du seigneur qui s'y met à l'abri des surprises tant de ses ennemis que des troupes qu'il a soldées. À Vincennes, le roi fait construire une tour résidentielle de 16 mètres de côté, cantonnée de tourelles cylindriques, haute de 52 mètres avec porte au premier étage, voûtes intermédiaires, cheminées, puits et latrines. Le plan pourrait être qualifié d'archaïque si la forme quadrangulaire n'était considérée à juste titre comme la mieux adaptée à l'habitation. L'empereur Charles IV devait agir de même à Karlstein en Bohême et Louis d'Orléans un peu plus tard à Pierrefonds.
Le resserrement et l'exhaussement des édifices fortifiés eurent un retentissement sur la construction des maisons fortes. Beaucoup de petits seigneurs adoptèrent la formule de la Wohnturm (tour d'habitation) compacte cantonnée de deux tours en diagonale ou de quatre tours aux angles. Les casteras de l'Aquitaine anglaise sont de ce type. Derrière la muraille en pierre baignant dans l'eau du fossé, ils comportent souvent une structure en bois à plusieurs étages, le rez-de-chaussée étant réservé à l'entrée et aux celliers, le premier, éclairé par quelques fenêtres, à la grande salle et aux chambres, comme à Carmasac. Autant qu'un phénomène français, la Wohnturm est un phénomène européen qui touche aussi bien la Suisse que les Pays-Bas.
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