On pourrait définir le fonctionnalisme comme une réponse plus ou moins appropriée aux besoins spécifiques d'une époque ou d'une société donnée. Dans le domaine de l'art, en particulier, un objet est perçu comme un objet d'art, selon Panofsky, quand la forme l'emporte sur la fonction, c'est-à-dire quand la perception s'attache plus à l'analyse de ses composantes stylistiques qu'à celle de ses fins utilitaires. Or cette dichotomie entre l'art et la fonction, qu'une certaine esthétique occidentale a introduite, se révèle tout à fait arbitraire, si l'on considère que la structure de toute œuvre (au sens large du mot) obéit à un plan préconçu en fonction de son utilisation. Les sociétés africaines, qui ignorent la discrimination occidentale entre l'art et la fonction, conçoivent leurs objets et leur architecture en relation avec les besoins sociaux : structure familiale, structure hiérarchique, climat, mode d'habitation (sédentarisme, nomadisme), le tout s'insérant dans un système symbolique (religieux) commun. Les poids en laiton ashanti sont à la fois un instrument servant à la pesée et un répertoire encyclopédique de tout le savoir ashanti.
En Occident, la notion de fonctionnalisme connaît son plus exact emploi dans l'architecture romane, où elle se définit comme l'adéquation de la forme à la fonction, soit l'aménagement de l'espace en fonction d'une règle religieuse et des mouvements qu'elle implique (déambulatoire des églises de pèlerinage, galeries où pouvaient dormir les pèlerins, parvis, lieu de rassemblement et de spectacle). Au contraire, l'architecture médiévale seigneuriale n'est fonctionnelle que dans sa conception militaire. Le château fort est avant tout une forteresse défensive, et c'est à cet impératif exclusif qu'obéit son agencement (situation géographique élevée, enceintes successives, quasi-absence de fenêtres). Mais, au niveau des besoins humains de la vie quotidienne, elle constitue presque un contresens : obscurité et froideur des grandes salles, absence de salles privées, inconfort mobi […]
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