Cinéaste majeure de la modernité cinématographique, Chantal Akerman élabore, depuis 1968, une œuvre quasi unique dans la cinématographie mondiale. Aucun domaine artistique ne lui est étranger. Elle pratique aussi bien la fiction que le documentaire ou le cinéma expérimental. Ses films sont tour à tour burlesques et dramatiques, autobiographiques le plus souvent. Le mélange des genres est au rendez-vous : ses tragédies sont parfois mâtinées de comique, et inversement. Plus que chez d'autres grands metteurs en scène de sa génération, Philippe Garrel par exemple, les travaux d'Akerman dépassent le cadre du cinéma pour aller vers l'installation, les arts plastiques. L'hommage que lui a rendu le Centre Georges-Pompidou en 2004 a permis aux spectateurs de prendre la mesure de cette œuvre polymorphe.
Chantal Akerman naît à Bruxelles dans une famille d'émigrés juifs d'Europe de l'Est. Elle fréquente, en 1967-1968, l'I.N.S.A.S., puis réalise son premier court-métrage, Saute ma ville (1968) où elle tient l'unique rôle. On note déjà, dans ce film loufoque, un penchant pour l'autobiographie. De par son identité éclatée – juive d'abord en Belgique francophone, pays proche de l'Hexagone, cinéaste ensuite dans une contrée où le cinéma constitue plus un artisanat qu'une industrie –, la pratique d'Akerman se veut déterritorialisée. Elle fédère de nombreuses formes d'expression mixtes ou dissidentes et participe de ce que Gilles Deleuze et Félix Guattari nomment la « littérature mineure » au sujet de Kafka, et qui est applicable à toute forme d'art : « Le problème de l'expression n'est pas posé par Kafka d'une manière abstraite universelle, mais en rapport avec les littératures dites mineures – par exemple la littérature juive à Varsovie ou à Prague. Une littérature mineure n'est pas celle d'une langue mineure, plutôt celle d'une minorité dans une langue majeure. » (Kafka. Pour une littérature mineure, 1975).
Chantal Akerman séjourne en 1971 aux États-Unis. Là, elle découvre le cinéma expérimental de Jonas Mekas et […]
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