2. Une autobiographie spirituelle
Ce traité de théologie expose ainsi, de façon précise et vivante, les aspirations et les souffrances, les tentations et les épreuves, les plaintes et les impatiences, toutes les passions d'une aventure spirituelle qui, à l'instar d'une relation humaine, peut aller du désespoir au bonheur fulgurant. Les étapes classiques sont ici reprises, depuis les fiançailles spirituelles jusqu'à la consommation et l'achèvement du mariage spirituel, « car l'âme ne se repose jamais tant qu'elle n'y est pas arrivée ; elle vit alors d'une vie aussi heureuse et comblée qu'est la vie de Dieu ». Devenir Dieu « par participation », tel est en effet l'état le plus élevé de « l'union transformante », où l'âme est « comblée de dons et de délices très riches et extraordinaires ». Toutes les puissances ou facultés, « désormais réduites au silence », l'Épouse « se consacre à jouir de son Bien-Aimé dans le recueillement intérieur de son âme, où il est uni à elle dans l'amour, où il la réjouit grandement et en secret ». Une seconde rédaction (1586) ajoute une strophe au poème, dont l'ordonnance est recomposée. Le commentaire correspondant, ainsi renouvelé, présente d'une façon plus systématique le déroulement de « l'exercice d'amour » entre l'âme et Dieu. Ces deux versions ont donné lieu à controverses entre spécialistes, certains niant l'authenticité du Cantique B, auquel l'ordre du Carmel donne la préférence.
« Le poème – écrit Federico Ruiz – est l'oraison d'un poète mystique, qui vit de l'amour de Dieu. Il doit être considéré comme le poème le plus complet et le plus proche de son expérience. Pris dans son ensemble il est très largement une autobiographie spirituelle. » Le Cantique spirituel semble avoir été l'œuvre préférée de Jean de la Croix. Avec le Château intérieur, de Thérèse d'Ávila, qui, la première, avait entrepris la réforme du Carmel, il offre un exposé intégral de théologie mystique.
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