3. L'autel et le sacré
L'autel est d'abord la table du dieu. C'est aussi le véhicule du sacrifice, qui doit obligatoirement s'y dérouler pour parvenir à la divinité. Cette fonction détermine même la forme des autels creux dont il a été fait mention. Dans certains cultes populaires chinois, l'érection d'un autel est le moyen de faire descendre le dieu du ciel, mais cette conviction n'est absente d'aucune croyance religieuse. C'est donc un intermédiaire entre l'homme et la divinité, leur point de rencontre.
Ce pouvoir, ce statut découlent de la consécration en vertu de laquelle la divinité prend possession de la table du sacrifice. Ce rite s'est pratiqué de longue date puisqu'il est mentionné dans le Lévitique. Il s'observe chez les Nagô où il présente déjà, malgré le caractère rudimentaire de l'autel, une certaine complexité : aspersions de sang, onctions précédées la veille par le transport en procession des objets liturgiques, portés par une jeune fille impubère.
La présence sacrée se manifeste par le feu qui brûle perpétuellement sur l'autel, ou à côté, chez les peuples qui pratiquent l'holocauste, et souvent par un luminaire permanent. Mais les droits de la divinité s'expriment surtout par l'inviolabilité de la table du sacrifice : chez les Hébreux, comme chez les Grecs ou les Latins, l'offense faite au suppliant, fût-il coupable ou esclave, l'était au dieu.
De par sa nature, l'autel sanctifie tout ce qui le touche, comme le précise le Lévitique. À partir d'un certain point de l'évolution, les rapports de la table et du sacrifice s'inversent. Malgré l'antériorité du second, c'est le caractère sacré de la première qui se communique à lui et le rend propre à l'offrande. Pour la même raison, il intervient à l'occasion d'autres actes cultuels, par exemple l'ordination, et pas seulement chez les chrétiens orthodoxes, mais aussi chez les bouddhistes. Le trône-autel consacre roi celui qui s'y assied, même illégalement, comme l'atteste un épisode des Jataka. Un souvenir de ce pouvoir […]
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