2. La succession de Nasser
Lorsqu'il accède au pouvoir, Sadate tire sa légitimité de sa participation au complot de 1952 et de sa fidélité sans faille au système nassérien. Il apparaît comme un homme d'appareil et de compromis assez peu maître de la réalité du pouvoir, comparé à Ali Sabri, Sami Charaf ou Chaarawi Gomaa, qui contrôlent l'Union socialiste arabe, la fonction publique, l'information et les services de sécurité. Il acquiert néanmoins une certaine popularité en libérant la plus grande partie des opposants, aussi bien marxistes que Frères musulmans, que Nasser avait emprisonnés. Il soigne son image auprès de l'armée en déclarant qu'il privilégiera les intérêts de l'Égypte aussi bien dans la recherche de la paix que dans une guerre éventuelle. En avril 1971, il accepte, toujours dans la continuité du nassérisme, de fédérer son pays avec la Libye de Kadhafi et la Syrie d'Assad. Mais, en mai de la même année, il se débarrasse, par une sorte de coup d'État préventif réalisé avec le soutien de l'armée, du groupe d'Ali Sabri qui tentait de lui imposer une direction collégiale pour en fin de compte l'éliminer. Il signe alors en mai 1971 un traité d'amitié avec les dirigeants soviétiques, inquiets d'avoir perdu leurs partisans au sein du gouvernement.
Son pouvoir paraît encore précaire, dans la mesure où il doit affronter à partir d'octobre 1971 une révolte étudiante alimentée par l'impuissance du gouvernement à trouver une issue à la situation incertaine de « ni guerre ni paix » avec Israël. Les déclarations du président sur 1'« année de la décision » font rire tout le pays. Pour contrer le courant de gauche qui le défie au sein des universités, il donnera bientôt le champ libre aux divers mouvements issus des Frères musulmans qu'appuient au même moment le Koweït et l'Arabie Saoudite.
Il recherche aussi en 1972 auprès de Moscou l'aide qui lui permettra de préparer sérieusement son armée à une attaque contre Israël, mais il est sans illusions sur les intentions à long terme de l'Union soviétique […]
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