Andreï Siniavski est né à Moscou en 1925. Chercheur à l'Institut de littérature mondiale de Moscou de 1951 à 1965, il aurait pu être un brillant critique littéraire soviétique, mais il préféra narguer le pouvoir, et ses Récits fantastiques, écrits à partir de 1955 et parus dès 1958 en France sous le pseudonyme d'Abram Tertz, ainsi que son article ironique sur « Le Réalisme socialiste », défièrent le K.G.B. jusqu'à ce qu'enfin il soit arrêté au début de 1966, et jugé, en compagnie de Youli Daniel, pour « antisoviétisme ». Une condamnation à sept ans de bagne fut pour Siniavski « le prix de la métaphore ». Toute son esthétique sort de cet embryon clandestin, où l'écrivain se compare lui-même aux gens du cirque, toujours en danger, toujours coupables d'hyperbole...
Messieurs, la cour (1959), qui décrivait à l'avance son arrestation, et Bonne Nuit, dernier roman publié en 1984, ouvrent et closent le cercle de son œuvre : ce sont deux tentatives de biographie fantastique, où l'auteur apparaît comme un « enfant dernier-né du stalinisme », avec sa noire aura de classicisme et de terreur. Bonne Nuit, invitation au sommeil d'une humanité secouée par la folie, est centré sur la figure de son père, devenu dément, parcourant avec son fils une forêt impénétrable où il se croit télépathiquement branché sur les tables d'écoute du K.G.B. Un K.G.B. qui s'intéressait de près au jeune Siniavski, condisciple de la propre fille de Staline ainsi que de la seule étudiante étrangère dans le Moscou de cette fin de stalinisme. De quoi nourrir de fantastique tant le roman que la vie de l'écrivain, qui transcrit dans son art son jeu du chat et de la souris avec les services secrets. Bonne Nuit, qui s'ouvre par un duo avec le magistrat bourreau, est à la fois « féerie » stalinienne et crise de schizophrénie.
En 1973, un an après sa libération anticipée, l'écrivain quitte l'U.R.S.S. pour la France en compagnie de sa femme et de leur fils. Le professeur Siniavski donne à la Sorbonne des cours sur le folklore russe […]
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