Après avoir été l'animateur d'un cirque de figurines miniatures et le créateur de silhouettes caricaturales, dessinées dans l'espace avec du fil de fer, l'Américain Alexander Calder a inventé, au seuil des années 1930, l'une des formes les plus neuves et les plus audacieuses de la sculpture du xxe siècle : le mobile, où la possibilité du mouvement réel découle naturellement des bases constructives de l'œuvre. En elle s'exprime la vision de l'artiste et celle de l'ingénieur, qui voient les phénomènes sensibles en même temps que les lois qui les gouvernent, où sensibilité et esprit d'abstraction trouvent tour à tour à se satisfaire, où les exigences de la raison rencontrent celles des sens : des formes abstraites en suspension décrivent dans l'espace la danse des planètes ou évoquent la faune et la flore naturelles. Après la guerre, ces constructions aériennes trouvent un pendant de poids avec les stabiles, géants de métal posés au sol. Grâce à eux, Calder est devenu le promoteur et l'un des principaux fournisseurs d'un art public et monumental dont le succès international ne s'est jamais démenti. Cet art n'a rien glorifié ni héroïsé, mais il s'est répandu dans tous les lieux emblématiques de l'activité moderne : gares, aéroports, places urbaines, campus d'universités, sièges de banques ou de sociétés, etc. Mobiles et stabiles monumentaux ont incarné le dynamisme optimiste d'un monde en reconstruction, se sont développés comme ses fruits naturels – seule nature possible dans l'âge industriel.
Longtemps effacée derrière le mythe de l'artiste-enfant et du génial bricoleur, l'importance historique de l'œuvre de Calder peut être aujourd'hui pleinement réévaluée. L'invention d'une sculpture mobile, intégrant le mouvement réel, peut ainsi se comprendre dans le prolongement des expériences d'un constructivisme qui s'est toujours intéressé aux phénomènes concrets, ayant leur place dans le monde sensible (lumière, mouvement, effets optiques, affrontement et équilibre de forces mécanique […]
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