3. Mouvement et réalité
Les formes abstraites de Calder ont ainsi incarné un autre rapport avec la réalité, dont l'agent le plus efficace est resté le mouvement réel dont étaient doués les mobiles : le mouvement rapproche irrésistiblement du monde des phénomènes, et instaure entre lui et l'œuvre une dépendance irréductible. Si mimétisme il y a, c'est donc par le mouvement qu'il passe, et, à l'extrême limite, on pourra même affirmer que le mouvement, phénomène lui-même, remplit toujours, presque malgré lui, une fonction mimétique. L'art de Calder pourrait alors être appelé réaliste selon une autre définition du terme, définition dans laquelle le mouvement, métonymie du réel, serait une qualification plus déterminante que tout mimétisme ou tout naturalisme traditionnellement compris. Calder invente un réalisme sans figuration, « des abstractions qui ne ressemblent à rien de la vie, sauf par leur manière de réagir », comme il en avait très tôt – dès 1932 – exprimé l'intuition. C'est dans le faible interstice ménagé par cette locution restrictive que Calder s'est glissé, c'est dans l'étroit espace de liberté ainsi préservé par rapport aux doctrines les plus courantes de l'abstraction de son temps qu'il a pu faire s'épanouir son apport le plus personnel à l'art abstrait, non figuratif. Cet apport qui réside en la mise au jour d'une relation étroite et essentielle entre forme inventée et réalité naturelle, par la médiation du mouvement.
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