2. Un art-vérité
On frôlerait le lieu commun en attribuant certains caractères matériels de l'œuvre de Calder à un trait culturel, en les considérant comme relevant d'une « américanité ». Son usage de matériaux étrangers à la tradition artistique, ses recours permanents à toutes sortes d'expédients, sa capacité à inventer ses techniques et ses outils..., son pragmatisme, en somme, s'est d'abord développé dans le milieu familial où l'héritage de la culture pionnière a sans doute eu plus d'importance pour le futur artiste que celui de la culture académique – son père, Alexander Milne, et son grand-père, Alexander Stirling, furent deux sculpteurs officiels particulièrement doués. La première formation de Calder, reçue au Stevens Institute of Technology à Hoboken (New Jersey), fut technique et scientifique : il y prépara avec succès un diplôme d'ingénieur en mécanique entre 1915 et 1919. « Savoir faire, aussi bien que connaître » : la devise qui ouvre le livret de l'étudiant disait bien la philosophie pédagogique de l'établissement. On y apprenait à toujours soumettre à la pratique et à l'observation les données abstraites fournies par la science – la mécanique – qui étudie le mouvement, les forces qui le produisent et l'équilibre des corps. Le programme prévoyait de nombreuses heures de laboratoire, pour répéter les expériences, et d'atelier, pour se familiariser avec la manipulation des matériaux de construction et des outils permettant leur mise en œuvre. On peut ainsi évaluer ce qui a pu compter pour Calder dans cette formation à la fois théorique et technique : son aspect opératoire, son usage de notions à mi-chemin entre l'abstraction mathématique et le monde le plus concret, comme celles de force, de mouvement et d'équilibre, qui feront désormais partie, et pour longtemps, de l'univers conceptuel de Calder.
Ainsi, la structure du mobile est tout entière une réponse intelligente et pragmatique à des contraintes et à des interactions physiques, en particulier à celle, f […]
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