Homme politique et dirigeant catholique français. Officier de carrière, Albert de Mun est fait prisonnier en 1870 ; la captivité l'amène à réfléchir aux causes de la défaite, et la Commune à mesurer la désorganisation sociale : « Entre ces révoltés et la société légale dont nous étions les défenseurs, un abîme nous apparut. » Il fonde alors, avec M. Maignen et La Tour du Pin, l'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers et, pour s'y consacrer, démissionne de l'armée. En 1876, il est député de Pontivy (Morbihan) ; invalidé et réélu, il est invalidé une seconde fois en 1878 et réélu en 1881. En 1885, il songe à fonder un parti catholique sur le modèle du Zentrum allemand, mais y renonce à la demande expresse de Léon XIII. En 1886, quelques jeunes fondent à son appel et avec son appui l'Action catholique de la jeunesse française, qui compte 140 000 membres en 1914.
Légitimiste et contre-révolutionnaire, antilibéral et antisocialiste, Albert de Mun accepte cependant le « ralliement » à la République demandé par Léon XIII aux catholiques français en 1892, accomplissant là un énorme sacrifice où nombre de ses amis virent un reniement. L'année suivante, il participe à la création, au Parlement, de la Droite constitutionnelle. Il sera un des opposants actifs à la loi de séparation des Églises et de l'État (1905).
Orateur brillant, animateur ardent, de Mun n'était guère préparé au rôle qu'il tint ; et l'action ne lui laissa guère le loisir que son ami La Tour du Pin, plus doctrinaire, put consacrer à l'étude. Il a été un représentant typique du catholicisme intransigeant et un opposant au « monde moderne », dont il faisait une critique impitoyable ; pour cela même, il se montra hardi dans ses idées sociales. L'alliance avec les conservateurs, après le ralliement, le modéra en un temps où s'aggravaient les conflits entre catholiques.
Il a laissé un volume de souvenirs, Ma Vocation sociale (1908), et une œuvre oratoire abondante, notamment Discours et écrits divers (7 vol., 1871-1902), Combats d'hier et d'aujourd'hui (6 vol., 1902-1910).
Émile POULAT
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