L'œuvre de ce grand poète de la fin du Moyen Âge reste injustement négligée : il a pourtant laissé une marque profonde et subtile dans la littérature française. Clément Marot dit de ses vers qu'ils étaient un honneur pour toute la Normandie, sa province natale, et fit ainsi son éloge : Le bien disant en rithme / Alain... dont la muse est fine.
Le grand humaniste Étienne Pasquier (1529-1615) prolongea cet éloge, nommant Chartier le « grand poète de son temps ». Mais Alain Chartier ne fut pas seulement poète : on l'admira aussi pour sa prose soignée, écrite en français et en latin, à tel point que Pasquier lui donna le titre de « Sénèque de la France ». La perfection de sa prose (Quadriloge invectif, 1422) était telle, qu'au xviie siècle un maître de la langue française, Charles Sorel, déclarait qu'il la préférait à ses poèmes. Ses deux formes d'expression ont en tout cas profondément influencé la création littéraire du xve siècle, notamment l'art des rhétoriqueurs qui le considéraient comme le père de l'élégance française : « noble poète et orateur », comme le précise Jean Lemaire de Belges.
Alain Chartier ne se contentera pas de marquer la littérature française par ses écrits, il le fit également par le mythe qui entoura sa vie. Ce mythe — l'histoire du fameux baiser qu'aurait laissé Marguerite d'Écosse sur les lèvres de Chartier, faisant jaillir ainsi toute la création poétique de sa bouche — fut repris au xixe siècle par de grands écrivains tels Gérard de Nerval et Alfred de Musset. Un fait historique est certain : Chartier fut le secrétaire du roi Charles VI, ainsi que de Charles VII, et occupa le poste d'ambassadeur en Allemagne, à Venise et en Écosse. Un grand événement historique influença plus particulièrement son œuvre : la bataille d'Azincourt (1415), qui engendra l'un de ses plus longs poèmes (3 600 vers) : Le Livre des Quatre Dames. Le thème principal en est les malheurs de quatre femmes qui s'interrogent sur leurs destins respectifs et se demandent lequel est le plus douloureux : l'amant de la premiè […]
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