Le 10 juillet 1976, des vapeurs toxiques de dioxine – précisément de 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-para-dioxine, cancérigène et tératogène même à faible dose – s'échappent d'un réacteur chimique produisant du chlorophénol de l'usine Icmesa (filiale de Givaudan), près de Milan (Italie). Ce produit, qui était présent comme impureté dans l'agent Orange utilisé comme défoliant par l'armée américaine lors de la guerre du Vietnam, est un composé polychloré chimiquement stable qui s'accumule tout au long de la chaîne alimentaire. Après l'accident, qui fit 20 blessés légers, près de 15 000 personnes ont été évacuées. Sur le site italien, des restrictions dues à la contamination du sol ont été imposées sur 1 800 hectares pendant six ans. Sur les 110 hectares les plus touchés, on a rasé toutes les constructions (735 personnes concernées) et installé un dépôt de 250 000 mètres cubes de terres contaminées. La dioxine ne disparaîtra définitivement que vers 2040. La société incriminée a versé 338 millions de francs pour financer ces travaux et indemniser les victimes.
Le 5 février 1980, le responsable de la production d'Icmesa a été assassiné par des terroristes de « Prima Linea ». En mai 1983, 41 fûts de terre imprégnée de dioxine provenant de Seveso sont retrouvés en France, près de Saint-Quentin (décharge de Roumazières). En 1998, la présence de dioxine dans du lait et des viandes destinés à la consommation a ravivé l'inquiétude de l'opinion publique vis-à-vis du composé polychloré, qui a finalement suivi localement la chaîne alimentaire dans cette région.
Pour prévenir ce type d'accident, l'Europe communautaire a adopté, en 1982, une directive sur les risques d'accidents industriels majeurs, dite « directive Seveso », dont les préconisations ont été renforcées et le champ d'application étendu par l'Union européenne en 1996. L'accident de l'usine « A.Z.F. » de Toulouse, classée type Seveso, en septembre 2001, a remis en question l'application de cette directive et soulevé le problème de l'existence de ces installations en milieu urbain.
Yves GAUTIER
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