3-31 mars 1994France. Retrait du C.I.P. après cinq semaines de mobilisation des jeunes

 

Le 3, lors d'une table ronde organisée à Matignon avec les partenaires sociaux, le Premier ministre Édouard Balladur infléchit la portée du contrat d'insertion professionnelle (C.I.P.) élaboré en janvier. Le C.I.P. est critiqué par les syndicats et les étudiants et lycéens qui le qualifient de « S.M.I.C.-jeunes ». Il décide de supprimer la possibilité, prévue par le texte initial, d'embaucher un titulaire d'un diplôme équivalant au niveau bac plus deux pour une rémunération inférieure au S.M.I.C., prévoit d'assimiler un certain nombre de diplômes professionnels et techniques aux précédents, et promet une définition plus précise de la formation proposée. Insatisfaits de ces ajustements, les syndicats professionnels et les étudiants appellent à plusieurs journées nationales d'action, les 10, 12, 17 et 25. Les manifestations sont quasi quotidiennes en province. La fin des défilés est souvent marquée par des heurts entre jeunes « casseurs » et forces de l'ordre.

Le 17, quelque 200 000 personnes manifestent de nouveau à travers toute la France à l'appel exceptionnellement unitaire des grandes confédérations syndicales – la C.G.T., F.O., la C.F.D.T. et la C.F.T.C. –, des syndicats d'enseignants – la F.E.N. et la F.S.U. – et des organisations étudiantes – l'U.N.E.F. et l'U.N.E.F.-I.D.

Le 21, deux jeunes Algériens sont interpellés lors d'une manifestation anti-C.I.P. à Lyon. Ils font l'objet d'un arrêté préfectoral d'expulsion adopté en « urgence absolue » en application de la loi sur la maîtrise de l'immigration de décembre 1993. Ils seront renvoyés en Algérie le 24. Le tribunal de grande instance de Lyon saisi en référé ordonnera leur retour le 25, qualifiant la mesure d'expulsion de voie de fait au regard de la Convention européenne des droits de l'homme.

Le 28, Édouard Balladur reçoit des représentants des organisations d'étudiants et de lycéens. Il annonce la suspension pendant une semaine du C.I.P. et charge Michel Bon, directeur de l'A.N.P.E., de définir un « nouveau système » de lutte contre le chômage des jeunes, en concertation avec ces derniers. Le Premier ministre annonce également la mise à l'étude d'une A.N.P.E.-jeunes et la tenue d'états généraux de la jeunesse.

Le 30, la veille d'une nouvelle manifestation nationale contre le S.M.I.C.-jeunes, Édouard Balladur décide le retrait du C.I.P. et son remplacement par une aide mensuelle de 1 000 francs pendant neuf mois pour toute embauche d'un jeune de moins de vingt-six ans pour une durée d'au moins dix-huit mois, somme qui sera doublée si l'embauche a lieu avant le 1er octobre. Le projet d'A.N.P.E.-jeunes est enterré.

Le 31, les jeunes fêtent leur victoire au cours de manifestations dans les grandes villes. Des scènes de violences marquent la fin du rassemblement parisien.

—  Universalis



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«  3-31 mars 1994 - France. Retrait du C.I.P. après cinq semaines de mobilisation des jeunes », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 avril 2020. URL : http://www.universalis.fr/evenement/3-31-mars-1994-retrait-du-c-i-p-apres-cinq-semaines-de-mobilisation-des-jeunes/