27-30 juin 2023

France. Émeutes urbaines après la mort d’un jeune homme tué par un policier

Le 27, un jeune automobiliste franco-algérien de dix-sept ans, Nahel Merzouk, est tué par un policier motocycliste à Nanterre (Hauts-de-Seine), lors d’un contrôle routier effectué à la suite d’un refus d’obtempérer. Une vidéo réalisée par un témoin et rapidement diffusée sur les réseaux sociaux contredit la version de l’auteur du tir qui affirme avoir fait feu alors que la voiture fonçait sur lui et son collègue. Elle montre que le policier a tiré à bout portant sur le conducteur – après l’avoir menacé de « prendre une balle dans la tête » –, alors que le véhicule redémarrait lentement. Le parquet de Nanterre ouvre une enquête pour « homicide volontaire », tandis que le policier auteur du coup de feu est placé en garde à vue. Dans la nuit, des affrontements marqués par des incendies de véhicules et des tirs de mortiers d’artifice opposent des habitants aux policiers dans plusieurs communes des départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et des Yvelines.

Le 28, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qualifie les images de la vidéo d’« extrêmement choquantes », tandis que le préfet de police de Paris Laurent Nuñez se dit « interpellé » par le geste du policier. En déplacement à Marseille, le président Emmanuel Macron dénonce un crime « inexplicable » et « inexcusable », estimant que « rien ne justifie la mort d’un jeune ». La Première ministre Élisabeth Borne évoque quant à elle « une intervention qui ne semble manifestement pas conforme aux règles d’engagement de nos forces de l’ordre ». De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la loi de février 2017 « relative à la sécurité publique » qui permet l’utilisation de leur arme par les policiers dans le cas d’un refus d’obtempérer, lorsque le conducteur « est susceptible de perpétrer […] des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celle d’autrui ». L’Île-de-France mais aussi des quartiers d’autres grandes villes connaissent une deuxième nuit de violences urbaines qui prennent notamment pour cible des bâtiments publics (commissariats, écoles, mairies…).

Le 29, le chef de l’État réunit une cellule de crise au ministère de l’Intérieur, qualifiant les violences de la nuit précédente d’« injustifiables ». Le policier auteur du coup de feu mortel est présenté devant le juge et placé en détention – une décision rare dans ce type de dossier. Les syndicats de policiers dénoncent les pressions de l’exécutif sur la justice. La « marche blanche » organisée à Nanterre en mémoire de Nahel est suivie d’une troisième nuit d’émeutes destructrices, en dépit de la mobilisation de quarante mille policiers et gendarmes à travers le pays. Les violences nocturnes sont encore très nombreuses le lendemain avant de diminuer progressivement les nuits suivantes. Ces émeutes sont les plus intenses depuis celles consécutives à la mort de Zyed Benna (17 ans) et Bouna Traoré (15 ans) qui fuyaient un contrôle policier, en octobre 2005, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Le 30, Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise (LFI), publie une vidéo dans laquelle il appelle les « plus jeunes » émeutiers à ne « pas toucher aux écoles, aux bibliothèques et aux gymnases », mais refuse d’appeler au calme, contrairement à la plupart des autres membres de la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (NUPES). De son côté, Éric Zemmour, leader de Reconquête !, dénonce, dans un entretien au quotidien Le Figaro, les « prodromes d’une guerre civile […], une guerre ethnique, raciale ».

— Universalis

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