1er-31 mars 2022Ukraine – Russie. Poursuite de la pression militaire russe et des soutiens occidentaux à l'Ukraine.

 

Le 1er, le premier discours sur l’état de l’Union du président américain Joe Biden est centré sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février. Il annonce la fermeture de l’espace aérien américain aux avions russes.

Le 1er également, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime que près d’un million sept cent mille personnes ont quitté leur foyer en Ukraine depuis le début de l’intervention russe, dont près de six cent quatre-vingt mille ont fui à l’étranger, principalement en Pologne.

Le 2, l’Assemblée générale de l’ONU adopte une résolution qui demande à Moscou de « cesser de recourir à la force en Ukraine » et dénonce « la mise en alerte de ses forces nucléaires », par 141 voix sur 193 (5 pays votent contre et 35 s’abstiennent, dont la Chine et l’Inde).

Le 2 également, la Cour pénale internationale (CPI), saisie par trente-neuf de ses membres, annonce l’ouverture « immédiate » d’une enquête sur les crimes relevant de sa compétence commis en Ukraine depuis novembre 2013, date du refus du gouvernement ukrainien de signer l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne (UE), qui allait précipiter la révolution de Maïdan et la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch, suivies de l’annexion de la Crimée par la Russie et de la sécession du Donbass.

Le 2 toujours, l’UE s’accorde pour exclure du réseau d’échanges financiers SWIFT sept banques russes, dont la deuxième en importance Vnechtorgbank (VTB). Le même jour, Sberbank, la plus grosse banque russe, dont la filiale européenne est menacée de faillite en raison de retraits massifs de liquidités, déclare se retirer du marché européen.

Le 3, les troupes russes s’emparent de la ville de Kherson, dans le sud du pays, tandis que leur progression vers la capitale Kiev, dans le Nord, est freinée. Kharkiv, dans le Nord-Est, et Marioupol, dans le Sud-Est, sont bombardées.

Le 3 également, lors de son premier entretien avec la presse internationale, le président Volodymyr Zelensky demande à ses alliés occidentaux d’instaurer une zone d’exclusion aérienne sur son pays, en raison de la supériorité de l’aviation russe, ou, à défaut, de lui livrer des avions. L’OTAN a déjà exclu d’imposer une telle zone d’exclusion aérienne.

Le 3 toujours, l’UE décide d’appliquer aux réfugiés ukrainiens la directive de juillet 2001 qui vise à « instaurer des normes minimales pour l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées ». Le texte autorise un séjour d’au moins un an dans l’UE et accorde le permis d’y travailler et l’accès aux aides et services sociaux.

Le 4, les troupes russes s’emparent de la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus grande d’Europe, située dans le sud-est du pays, qui a été touchée par des frappes russes au cours de la nuit précédente, sans dommages majeurs.

Le 4 également, le Parlement russe adopte en urgence et à l’unanimité une loi qui punit de peines pouvant aller jusqu’à quinze ans de prison les auteurs et les diffuseurs d’« informations mensongères sur l’armée ». Dans le même temps, les autorités restreignent ou bloquent l’accès aux éditions russophones des médias occidentaux, ainsi qu’aux réseaux sociaux. Au cours du mois, plusieurs médias russes indépendants annoncent leur dissolution, leur suspension ou leur décision de ne plus couvrir le conflit ukrainien.

Le 7, une offre russe de cessez-le-feu temporaire et d’ouverture de corridors humanitaires pour évacuer les civils de plusieurs villes assiégées échoue, la plupart des corridors menant en Russie ou en Biélorussie.

Le 7 également, dans un entretien diffusé par la chaîne américaine ABC, Volodymyr Zelensky se dit prêt à renoncer à la revendication d’adhésion de son pays à l’OTAN et disposé à envisager des « compromis » sur l’avenir des territoires séparatistes du Donbass.

Le 7 toujours, lors de sa conférence de presse annuelle, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi affirme que l’amitié entre la Chine et la Russie est « éternelle », dénonce la « mentalité de guerre froide » des États-Unis et accuse l’Occident de refuser de prendre en compte les « intérêts légitimes de sécurité » de la Russie.

Le 8, Washington rejette une offre de la Pologne, qui proposait de mettre ses avions de chasse Mig-29 à la disposition des États-Unis afin que ceux-ci les livrent à l’Ukraine, dont les pilotes sont formés à voler sur ces appareils.

Le 8 également, Joe Biden signe un décret qui interdit l’importation de produits énergétiques russes, ainsi que tout nouvel investissement dans le secteur énergétique russe. Les importations de pétrole russe ne représentent que 8 % du total des importations de pétrole aux États-Unis.

Le 9, les forces russes bombardent un établissement abritant un hôpital pédiatrique et une maternité à Marioupol. L’attaque, qui fait trois morts, suscite une indignation internationale.

Le 10, le Congrès américain valide un paquet de 13,6 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros) d’aides humanitaires et militaires en faveur de l’Ukraine, dont une grande partie a déjà été engagée. Cette aide couvre également l’envoi de soldats américains en Europe orientale et le renforcement des défenses des alliés européens.

Les 10 et 11, les dirigeants de l’UE réunis en sommet à Versailles excluent de décréter un embargo sur le pétrole et le gaz russes, mais conviennent de réduire leur dépendance aux hydrocarbures russes, avançant l’objectif d’une réduction des deux tiers avant la fin de l’année et d’un arrêt des importations d’ici à 2027. Ils rejettent par ailleurs l’idée d’une adhésion rapide de l’Ukraine à l’UE, dont Volodymyr Zelensky avait fait la demande officielle fin février.

Le 13, un tir fourni de missiles russes détruit la base militaire de Yavoriv, proche de Novoyavorivsk, dans l’ouest du pays, à une vingtaine de kilomètres de la frontière polonaise, faisant au moins trente-cinq morts. La base, qui abritait avant la guerre un centre d’entraînement de l’OTAN, servait à la formation de volontaires internationaux venus combattre au côté des Ukrainiens et recevait des équipements militaires envoyés par l’Occident.

Les 14 et 15, l’armée russe laisse sortir quelque vingt mille habitants de la ville assiégée de Marioupol. Le 16, l’aviation russe bombardera le théâtre de la ville qui servait d’abri, faisant environ trois cents morts.

Le 15, les Premiers ministres polonais, tchèque et slovène, Mateusz Morawiecki, Petr Fiala et Janez Janša, accompagnés du président du parti Droit et justice au pouvoir à Varsovie, Jarosław Kaczyński, se rendent à Kiev où ils apportent leur soutien à Volodymyr Zelenski.

Le 15 également entre en vigueur un quatrième train de sanctions européennes. L’exportation des produits de luxe vers la Russie est interdite, quinze nouveaux oligarques sont visés par le gel de leurs avoirs et l’interdiction d’entrée dans l’UE, et neuf sociétés supplémentaires sont sanctionnées.

Le 16, Volodymyr Zelenski s’adresse au Congrès des États-Unis en visioconférence. Il affirme, à l’attention du président Joe Biden, qu’« être le leader du monde, c’est être le leader de la paix ». Il réclame de nouveau l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne sur l’Ukraine et la fourniture de systèmes de défense antiaérienne. De son côté, Joe Biden annonce de nouvelles aides militaires pour un montant de 800 millions de dollars (725 millions d’euros), dont des systèmes de défense antiaérienne élaborés. Le président américain qualifie peu après Vladimir Poutine de « criminel de guerre ». Le président Zelensky s’adressera au cours du mois, par le même moyen, à plusieurs Parlements occidentaux.

Le 16 également, lors d’une visioconférence avec des responsables régionaux et gouvernementaux retransmise à la télévision, Vladimir Poutine affirme que l’« opération spéciale » menée en Ukraine répondait à la menace d’une « offensive massive sur le Donbass et ensuite sur la Crimée » qui aurait pu impliquer l’utilisation d’« armes de destruction massive ». Il accuse l’« Occident » de travailler à l’« annulation » de la Russie, pratique qu’il assimile aux « pogroms antisémites dans l’Allemagne des années trente ». Vladimir Poutine fustige par ailleurs les « nationaux-traîtres » vivant en Russie et appelle de ses vœux une « purification naturelle et nécessaire de la société ».

Le 16 toujours, le Conseil de l’Europe exclut officiellement de ses rangs la Russie, qui en était suspendue depuis février. La veille, Moscou avait annoncé son retrait du Conseil dont il était membre depuis février 1996.

Le 18, les troupes russes pénètrent dans Marioupol où les bombardements ont fait plusieurs milliers de morts et détruit des quartiers entiers. Le 21, Kiev rejettera l’ultimatum de Moscou qui exigeait la capitulation de la ville.

Le 18 également, lors d’un entretien en visioconférence, Joe Biden met en garde le président chinois Xi Jinping contre « les implications et les conséquences » d’une décision de la Chine de « fournir une aide matérielle à la Russie », tandis que Pékin évoque « les crises sérieuses » que pourraient entraîner des sanctions appliquées « sans discernement » en matière de « commerce, finance, énergie, alimentation ».

Le 20, un nouveau décompte du HCR chiffre à dix millions le nombre d’Ukrainiens qui ont quitté leur foyer du fait de la guerre, soit plus du quart de la population, dont près de trois millions quatre cent mille exilés.

Le 21, un tribunal de Moscou interdit les activités en Russie des réseaux sociaux Facebook et Instagram qui sont identifiés comme des « organisations extrémistes ».

Le 22, alors que les négociations bilatérales sont dans l’impasse, Volodymyr Zelensky se dit prêt à discuter directement avec Vladimir Poutine de la Crimée et du Donbass, en échange de « garanties de sécurité » pour son pays et de la fin du conflit.

Le 22 également, le français TotalEnergies, qui est le seul groupe pétrolier occidental à poursuivre ses activités en Russie, annonce l’arrêt de tout achat de produits pétroliers russes « au plus tard à la fin de l’année », mais pas de sa production gazière en Russie.

Le 24, un mois après le début de l’intervention russe en Ukraine, Joe Biden assiste, à Bruxelles, à un sommet de l’OTAN, à une réunion du G7 et à un Conseil européen, afin de célébrer l’unité du camp occidental, alors que le seuil des cent mille soldats américains positionnés en Europe a été franchi. Dans le même temps, Washington annonce de nouvelles sanctions visant trois cent vingt-huit députés de la Douma qui soutiennent le régime, ainsi que quarante-huit entreprises publiques russes du secteur de la défense.

Le 24 également, au lendemain du rejet d’une résolution « humanitaire » proposée par la Russie et votée seulement par Moscou et Pékin, l’Assemblée générale de l’ONU adopte par 140 voix contre 5 et 38 abstentions une nouvelle résolution exigeant de la Russie l’« arrêt » immédiat des hostilités et la protection des civils.

Le 25, le Kremlin annonce que « les objectifs de la première étape de l’opération militaire spéciale en Ukraine sont remplis » et que l’objectif principal est désormais « la libération du Donbass ».

Les 25 et 26, Joe Biden se rend en Pologne où il rencontre des soldats américains et le président Andrzej Duda. Il prononce un discours qu’il conclut en déclarant que « cet homme [Vladimir Poutine] ne peut rester au pouvoir » – il l’avait peu avant traité de « boucher ». Son entourage précisera que Washington n’a pas de stratégie de changement de régime à Moscou. Paris et Berlin prendront leur distance à l’égard des propos de Joe Biden.

Le 28, l’armée ukrainienne reprend le contrôle de la ville d’Irpin, dans la banlieue nord-ouest de Kiev.

Le 29, les représentants ukrainiens aux négociations avec la Russie qui se tiennent à Istanbul se disent prêts à accepter un statut de neutralité pour leur pays en échange de garanties de sécurité et de perspectives d’entrée dans l’UE. Moscou confirme pour sa part la réduction de ses activités militaires dans le nord de l’Ukraine et en direction de Kiev,

Le 29 également, la Belgique annonce l’expulsion de vingt et un diplomates russes soupçonnés d’espionnage, l’Irlande de quatre et les Pays-Bas de dix-sept. Le 30, la Slovaquie expulse trente-cinq diplomates russes.

Le 31, les dernières troupes russes quittent le site de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dans le nord du pays, qu’elles occupaient depuis février. Elles emmènent des soldats ukrainiens de la Garde nationale en otages.

Le 31 également, selon un décompte effectué par l’ONG Centre of Research on Energy and Clean Air, les pays de l’UE ont versé à la Russie, depuis le début de la guerre, au moins 14 milliards d’euros pour la fourniture de gaz et 7 milliards d’euros pour la fourniture de pétrole.

—  Universalis



Tous les événements concernant :

Tous les événements :

Pour citer l’article

«  1er-31 mars 2022 - Ukraine – Russie. Poursuite de la pression militaire russe et des soutiens occidentaux à l'Ukraine. », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 août 2022. URL : http://www.universalis.fr/evenement/1er-31-mars-2022-ukraine-russie-poursuite-de-la-pression-militaire-russe-et-des-soutiens-occidentaux-a-l-ukraine/