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WAGNÉRISME

Debussy et la création d’une esthétique nouvelle

Nous voici arrivés à la part la plus féconde, part esthétique et française, de l'influence wagnérienne. Sans doute faut-il évoquer quelques sous-produits déplorables du wagnérisme, issus de douteux raisonnements politiques, nationalistes et raciaux, déviés du pessimisme volontariste hérité de Schopenhauer, et qu'on trouve dans des écrits antisémites ou pangermanistes du Maître, comme Das Judentum in der Musik (Le Judaïsme en musique, 1849) et Ein Kapitulation (Une capitulation, 1870), animés par sa rancœur féroce envers les échecs qu'il avait connus en France. Mais, loin de ces aberrations propagées au xxe siècle par sa veuve Cosima, puis par une partie de sa descendance en collusion avec le nazisme, retenons seulement la prodigieuse fertilité de la réaction musicale au wagnérisme, dont la plus marquante incarnation en France fut Claude Debussy. Pelléas et Mélisande (1902) représente en fait le plus authentique héritage du wagnérisme dans l'opéra, justement parce qu'il le prolonge en s'en démarquant délibérément, afin de fonder une esthétique nouvelle, moins peut-être à partir de Tristan et Isolde que de Parsifal (1882), et plus spécifiquement de la scène de l’enchantement du vendredi saint (acte III). « Je ne suis pas tenté d'imiter ce que j'admire dans Wagner. Je conçois une forme dramatique autre ; la musique commence là où la parole est impuissante à exprimer », écrivait Debussy. En quoi, évidemment, dans son propre chef-d'œuvre, il montrait qu'il avait compris à la lettre les leçons du Maître novateur, qui sont d'être soi-même un Maître novateur.

— Jean PAVANS

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Tristan et Iseult

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