SERENI VITTORIO (1913-1983)

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Né en 1913 à Luino (province de Varèse), Vittorio Sereni passe son enfance à Brescia, puis va étudier la littérature à Milan. Il y rédige un mémoire sur Gozzano, et se lie d'amitié avec les élèves d'Antonio Banfi et les artistes de « Corrente ». Son premier recueil poétique, Frontiera (1941, augmenté et réédité en 1966), est dominé par les paysages lacustres de la Lombardie, où la frontière italo-suisse, opposant l'oppression fasciste à l'appel démocratique de l'Europe, symbolise la tension entre la solitude absolue de l'écrivain et son désir de communion humaine.

En 1942, il part pour le front grec, en tant qu'appelé. Fait prisonnier par les Alliés en Sicile, sans avoir jamais combattu, il est déporté l'année suivante dans les camps français d'Algérie, puis du Maroc. Après la guerre, il retourne enseigner à Milan et publie un second volume de poésie, Diario d'Algeria (Journal d'Algérie, 1947). Épousant le rythme de la méditation, les hésitations de la syntaxe et la simplicité du lexique instaurent une narrativité en ton mineur, qui donne corps à une voix vaincue et isolée, morte « à la guerre et à la paix ». Il Male d'Africa (1958), qui sera adjoint à ce recueil, définit notamment un « mal des enceintes », un éloignement par la captivité, interdisant tout témoignage immédiat à propos des combats et des triomphes de la libération. La mémoire de cette distance insurmontable marquera l'ensemble de son œuvre.

Sereni devient publicitaire chez Pirelli, en 1952, puis responsable éditorial chez Mondadori, en 1958. Il commente ses poésies du Diario d'Algeria dans Gli immediati dintorni (1962), qui reprend l'analyse des thèmes de l'absence et de la vacance. Bref récit qui se déroule à la Foire du livre de Francfort, L'Opzione e allegati (1964), inséré ensuite dans ce volume, décrit l'éternel isolement du poète au sein d'une foule qui n'a « pas d'histoire, pas de passé ». En 1965 paraît un recueil capital, Gli strumenti umani (Les Instruments humains), où l'écrivain poursuit sa difficile confrontation avec la vie de l'après-guerre. Les moments de participation aux espérances incertaines d'une société en mutation alternent avec un détachement perplexe à l'égard des « pauvres instruments humains » dépassés par la « chaîne de la nécessité ». Les sections Appuntamento a ora insolita (1964) et Una visita in fabbrica (1958) célèbrent cependant la « joie » simple des rapports humains, par leur attention minutieuse à certains « actes minimes » du quotidien, retracés à travers une chronique du sport et de la vie des citadins : cette veine en fera l'un des chefs de file de la Linea lombarda.

Les textes suivants, Lavori in corso (1965), Addio Lugano Bella (1971) et Un posto di vacanza (Un lieu de vacances, 1974), sont ensuite réunis dans le beau volume Stella variabile (Étoile variable, 1979, restructuré et réédité en 1982), qui remporte le prix Viareggio. Le poète y est la proie d'une fascination immobile, à travers laquelle lui parviennent avec violence des images du monde, chargées de menaces indéchiffrables. Ombres et lumières y dévoilent un manque essentiel, et tissent un paysage d'exil, cadre constant de l'œuvre de Sereni, qui figure presque une métaphore de sa poésie. L'ensemble de sa production poétique est ensuite réuni dans le volume posthume Tutte le poesie (1986), que vient compléter le récit Senza l'onore delle armi (1987). Commencé en 1965, il poursuit l'analyse tourmentée de la Seconde Guerre mondiale et des sentiments ambigus du prisonnier, qui cède parfois à « un absurde amour pour les lieux de la ségrégation ».

Traducteur émérite, de Julien Green, Valéry, Mallarmé, Ronsard, Char et Pound, Sereni a une production restreinte et dense, revenant toujours sur les mêmes prétextes d'émotion, sans cesse affinée. La réticence à écrire de ce fin lettré, auteur de nombreux textes critiques, dont plusieurs sur Montale sont réunis dans le volume Letture preliminari (1973), impose la dignité de son ton, tandis que son attachement au versant non latin de la Méditerranée illustre un goût plus léger pour le voyage et le dépaysement. Comme l'indique Jean-Charles Vegliante, qui a œuvré à sa diffusion en France, « l'écriture de Sereni procure cependant la sensation perpétuelle d'un douloureux contretemps », d'une distance critique toujours conservée à l'égard des bouleversements historiques, mais aussi « d'un manque et d'une absence subie ». À travers le ton humble et clair qui lui est propre, le sentiment du regret acquiert la dimension atemp [...]

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Écrit par :

  • : D.E.A. de littérature italienne contemporaine à l'université de Paris-III- Sorbonne nouvelle

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Carina MEYER-BOSCHI, « SERENI VITTORIO - (1913-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vittorio-sereni/