CASSEL VINCENT (1966- )

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Les cinéphiles découvrent Vincent Cassel dans le rôle de Vinz, un des protagonistes du trio de La Haine de Mathieu Kassovitz (prix de la mise en scène au festival de Cannes en 1995). Le film est une plongée au plus vif des banlieues au lendemain d'une nuit d'émeute. Au côté du beur – Saïd – et du black –Hubert –, Vinz est le blanc, juif et « skin » qui apparaît ivre de rage dès les premières minutes du film et qui meurt à la pénultième image après avoir, au cœur de la tension, douté de la légitimité de toute cette violence. Vinz adore Taxi Driver et, comme Travis (Robert de Niro) chez Martin Scorsese, il est toujours en représentation devant les autres, travaillant son image dans sa manière d'agir et de parler. Avec son visage en lame de couteau, il est impressionnant.

Fils du léger et dansant Jean-Pierre Cassel, Vincent Cassel est né le 23 novembre 1966. Il a étudié le théâtre, le chant, le cirque. Débutant au cinéma en 1988, il tient un petit rôle dans Métisse (1993), premier long-métrage de Kassovitz. Dès Dobermann (1997, de Jan Kounen, d'après le héros des polars de Joël Houssin), il dessine une dure caricature de truand de cartoon. Cet univers provocateur et ultraviolent fait alors scandale. Cassel campe par la suite un Gilles de Rais plus ambigu dans Jeanne d'Arc (Luc Besson, 1999) et joue les premiers rôles dans de grands films populaires, Les Rivières pourpres (M. Kassovitz, 2000) ou Le Pacte des loups (C. Gans, 2001). Le couple qu'il forme avec Monica Bellucci à la ville, mais aussi à l'occasion au cinéma chez Christophe Gans ou Gaspard Noé, accrédite alors le fait que son physique atypique peut être aussi celui d'un séducteur, ce qui va amener les producteurs à l'envisager autrement qu'un personnage essentiellement négatif. Certes, Irréversible (G. Noé, 2002) est un cauchemar punk vécu par Marcus (Cassel), obnubilé par le sexe, déjà saoul, drogué et survolté avant le viol de sa compagne et l'hallucinante scène de brutalité meurtrière qui ouvre le film. Par contre, entre thriller et sentiments, le comédien forme avec Emmanuelle Devos un vrai couple de cinéma dans Sur mes lèvres (Jacques Audiard, 2001)

Vincent Cassel

Photographie : Vincent Cassel

Vincent Cassel dans A Dangerous Method (2011), de David Cronenberg. L'acteur interprète le rôle du psychanalyste dissident Otto Gross. 

Crédits : Mars Distribution

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Actif sur tous les fronts (il interprète plusieurs courts-métrages dans les années 1990 ; fait du doublage – la série L'Âge de glace – au cours de la décennie qui suit), Vincent Cassel est un acteur hors norme, insolite, à l'étroit dans les films d'auteur français, car il ne peut donner toute la mesure de sa forte présence que dans l'excès. Film en forme de diptyque, Mesrine (Jean-François Richet, 2008) lui permet de mettre en évidence l'incohérence du gangster pris entre l'action (dans le premier volet, L'Instinct de mort) et le spectacle (dans le second, L'Ennemi public no 1), malgré l'absence d'un authentique regard du réalisateur. Par contre Cassel laisse le sulfureux capucin du roman de M. G. Lewis (Le Moine, Dominik Moll, 2011) s'enfoncer dans le stupre et le sang jusqu'à vendre son âme au diable en conservant une longue silhouette sèche qui empêche ses terribles passions de le déchirer.

Dès Jefferson à Paris (James Ivory, 1995), où il interprète le rôle de Camille Desmoulins, Vincent Cassel construit une carrière américaine avec des rôles marquants chez de grands réalisateurs : Steven Soderbergh (« Renard de la nuit » dans Ocean's Twelve et Ocean's Thirteen, 2004 et 2007) ; David Cronenberg (le pervers fils mafieux des Promesses de l'ombre, 2007 ; Otto Gross, le psychanalyste toxicomane et libertaire que Freud demande à Jung de traiter dans A Dangerous Method, 2011). On doit retenir aussi le machiavélique manipulateur de Dérapage (Mikhael Hafström, 2006), le satanique chorégraphe de Black Swan (Darren Aronofsky, 2011) ou le héros de Trance (Danny Boyle, R.-U., 2013), thriller aux multiples péripéties. Vincent Cassel bâtit une filmographie aux arêtes vives et à la dimension internationale rare pour un acteur français.

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « CASSEL VINCENT (1966- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vincent-cassel/