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VERNET ANTOINE CHARLES HORACE dit CARLE (1758-1836)

« Je ressemble au grand dauphin : fils de roi, père de roi, jamais roi. » Authentique ou non, ce mot de Carle Vernet donne assez bien la position d'un peintre, éminemment talentueux, comme on l'était dans cette famille, mais qui ne sut imposer sa prééminence dans aucune spécialité, comme Joseph, son père, dans le paysage, ou Horace, son fils, dans la peinture de batailles.

La souplesse du talent de Carle Vernet est évidente. Prix de Rome en 1781 avec un Enfant prodigue (École des beaux-arts), il ne persistera pas dans la grande peinture d'histoire. Sous l'Empire, il élit la peinture d'histoire dite contemporaine, genre jugé inférieur mais préféré par l'empereur. Sa Bataille de Marengo (Versailles) est, dans un admirable paysage, un exposé fort précis de tactique, tandis que le Matin d'Austerlitz (Salon de 1808, Versailles), qui lui valut la croix, n'est qu'un sage assemblage de personnages à cheval grandeur nature, fût-ce Napoléon et ses généraux. L'attention portée aux uniformes, la fidélité des physionomies, le « portrait » des montures annonçaient déjà cette tendance à la narration sans lyrisme qu'illustrera son fils. Mais un dessin trop filé et élégant porte la marque « xviiie siècle » de l'art de Carle.

En fait, Carle préfère les petits genres, dans lesquels il innove. Il se montre un excellent caricaturiste : il détaille plaisamment les habits des Incroyables et Merveilleuses dans des dessins qu'il lithographie lui-même ou qu'il confie à des interprètes. Avec ses scènes de la vie militaire, il ouvre la voie à Charlet et à Raffet, de même que dans ses séries d'animaux habillés il anticipe les trouvailles de Grandville. Mais, à la différence de ces artistes, l'ironie amusée de Vernet ne saura pas aller jusqu'à l'émotion ou à la leçon.

C'est comme dessinateur de chevaux qu'il est le plus célèbre ; ses scènes de chasse ou de course furent popularisées par des planches à nombreux tirages. Si ses pur-sang montrent par rapport au cheval héroïque de la tradition une nette tendance au réalisme, ils gardent une gracilité et comme une élégance maniériste que Géricault rendra vite désuètes. La notion d'artiste de transition, même si elle n'a pas grand sens, s'applique fort bien à Carle Vernet : il a rénové la tradition, mais il fut incapable de s'insérer pleinement dans les courants les plus neufs de la peinture de son temps.

— Bruno FOUCART

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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