BRUMEL VALERI (1942-2003)

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Athlète soviétique spécialiste du saut en hauteur, Valeri Brumel, merveilleux styliste, fut le maître du rouleau ventral. Avec cette technique, il fut champion olympique en 1964 à Tōkyō et améliora six fois le record du monde au cours d'une brève carrière qui fut brisée par un accident de moto alors que le champion n'était âgé que de vingt-trois ans.

Valeri Brumel est né le 14 avril 1942 en Sibérie. Le jeune garçon montre de belles dispositions pour le saut en hauteur (il franchit 1,30 m à onze ans), progresse dans sa Sibérie natale, participe aux Championnats d'U.R.S.S. en 1958 et, l'année suivante, il franchit 2 mètres. Il s'installe alors à Moscou, où Vladimir Diatchkov, le plus réputé des entraîneurs soviétiques, s'occupe de préparer ce jeune homme de gabarit ordinaire (1,85 m, 77 kg) à la haute compétition. Bourreau d'entraînement, Valeri Brumel progresse vite et, à dix-huit ans, il se voit sélectionné pour participer aux jeux Olympiques de Rome en 1960. Alors que le favori américain John Thomas, recordman du monde (2,22 m), rate son concours (il s'arrête à 2,14 m) et se contente de la médaille de bronze, deux Soviétiques occupent les deux premières marches du podium : Robert Chavlakadze (trente et un ans) et le jeune Valeri Brumel, qui ont franchi 2,16 mètres ; au nombre des essais, Chavlakadze est médaillé d'or, Brumel médaillé d'argent.

Cette réussite marque le début de l'ascension de Valeri Brumel. En 1961, il bat trois fois le record du monde du saut en hauteur. L'année suivante, il humilie les Américains : à Palo Alto (Californie), dans un concours où les spectateurs espèrent voir John Thomas redonner aux États-Unis la suprématie dans une discipline qu'ils ont dominée durant plus d'un demi-siècle, non seulement Thomas ne franchit que 2,18 mètres, mais Brumel efface 2,26 mètres, établissant en terre « ennemie » un nouveau record du monde. Puis, toujours en 1962, il règne sur le concours de saut en hauteur lors des Championnats d'Europe de Belgrade : il franchit 2,21 mètres alors que le Suédois Stig Pettersson, deuxième, ne réussit que 2,13 mètres et que Chavlakadze, troisième, en reste à 2,09 mètres.

En juillet 1963, à Moscou, Brumel franchit 2,28 mètres, battant pour la sixième fois le record du monde, mais les séances de préparation intensives auxquelles il se soumet lui occasionnent une tendinite tenace ; personne ne peut alors le deviner : à vingt et un ans, Brumel a atteint l'apogée de sa carrière. En 1964, il se présente diminué aux jeux Olympiques de Tōkyō, et le concours de saut en hauteur aurait pu réserver une désagréable surprise à l'école soviétique : Brumel connaît de grandes difficultés pour effacer une barre placée à 2,03 mètres – une hauteur indigne de son talent –, puis 2,14 mètres ; il se reprend, franchit 2,16 mètres au premier essai, alors que John Thomas a besoin de deux tentatives ; puis il efface 2,18 mètres, tout comme Thomas ; ni l'un ni l'autre ne parviennent à passer 2,20 mètres, Brumel est couronné champion olympique au nombre des essais sans avoir réussi à approcher ses meilleures performances.

Le 6 octobre 1965, la trajectoire sportive de Valeri Brumel, vingt-trois ans, est interrompue brutalement par un accident de moto : les chirurgiens songent un moment à l'amputation, mais il sauvent sa jambe droite ; le jeune homme subit de multiples opérations, vit avec un plâtre et des béquilles pendant trois ans. Obstiné, il tentera de reprendre la compétition : en 1970, il franchit 2,06 mètres ; ce saut des plus modestes pour lui constitue néanmoins la victoire du courage et matérialise sa volonté inébranlable.

Cependant, Brumel sait depuis longtemps que jamais plus les honneurs olympiques ne lui seront accessibles ; il accueille avec incrédulité – comme tous les observateurs – la performance de l'Américain Pat Matzdorf qui en juillet 1971 franchit 2,29 mètres, effaçant son record du monde qui aura tenu onze ans. Valeri Brumel se consacre par la suite à l'écriture, publie un roman à caractère autobiographique, un livret d'opérette, des pièces de théâtre dont certaines connaissent un joli succès. Mais le destin se montre une nouvelle fois implacable : Valeri Brumel est emporté par une longue maladie le 26 janvier 2003 à Moscou, à soixante ans.

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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  • Écrit par 
  • Pierre LAGRUE
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Dans le chapitre « La hauteur »  : […] En 1912, l'Américain George Horine franchit 2,006 m en rouleau californien. En 1936, l'Américain Dave Albritton invente une nouvelle technique : le rouleau ventral, qui lui permet de franchir 2,07 m. Son compatriote Lester Steers dépasse 2,10 m en 1941 (2,11 m) ; un autre Américain, John Thomas, franchit 2,22 m en 1960. Néanmoins, le maître du rouleau ventral demeure le Soviétique Valeri Brumel, […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « BRUMEL VALERI - (1942-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/valeri-brumel/