THE TREE OF LIFE (T. Malick)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Depuis 1974, le cinéaste américain Terrence Malick n'a réalisé que quatre films : La Ballade sauvage (1974), Les Moissons du ciel (1978), La Ligne rouge (1998) et Le Nouveau Monde (2005). Chacun d'entre eux, par son ampleur, ses thèmes et ses qualités d'écriture, a retenu l'attention de la critique. Son cinquième film, The Tree of Life, palme d'or du festival de Cannes 2011, s'inscrit dans ce sillon d'authentique création cinématographique où s'unissent dimension cosmique, amour de la nature, vision du monde humaniste et spiritualiste. Le titre du film évoque à la fois le registre biblique (les arbres de vie et l'arbre de mort du paradis terrestre) et l'œuvre de Darwin pour qui « l'arbre de vie » symbolise la théorie de l'évolution. Avec celles de l'eau (l'eau de la Genèse, le fleuve, la mer), les représentations de l'arbre s'imposent comme les images récurrentes d'un récit qui relie la naissance du cosmos à l'histoire d'une famille américaine.

Dieu dit : « Où étais-tu quand je fondais la Terre ? » Placée en épigraphe du film, cette citation du Livre de Job (XXXVIII, 6-7) prélude à une succession de brèves séquences éblouissantes aux couleurs étincelantes où domine le rouge. Reposant sur des effets spéciaux qui recourent à la fois à l'informatique, à des fusées éclairantes, à des toupies géantes, des teintures fluorescentes et des produits chimiques, les images suggèrent avec une puissante originalité le big bang, il y a environ quatorze milliards d'années, la formation de l'Univers, l'apparition des étoiles, de la nébuleuse solaire et de la Terre, les éruptions volcaniques, la fonte des glaces, puis le surgissement des mers et des premières formes de vie. Avec ce montage inédit dans l'histoire du cinéma, Terrence Malick s'est voulu fidèle à une vérité scientifique (des experts ont validé ses images) et n'a pas recherché un spectaculaire trop appuyé. Quand un météorite vient percuter la Terre, seul apparaît sur l'écran l'arc de la Terre au moment où l'ombre de la nuit vient se poser sur elle. L'alliance à l'intérieur de l'image des technologies numériques et des recherches picturales place cette représentation de la création du monde sous le signe de la beauté et de la poésie.

D'un registre cosmique à un registre intimiste, le cinéaste met « en correspondance » la création du monde et la naissance d'une famille américaine – M. O'Brien (Brad Pitt) et Mme O'Brien (Jessica Chastain) – dont il brosse le portrait et nous relate l'histoire au cours des années 1950 à Smithville, une petite ville du Texas. Dans le jardin, devant leur maison, le père plante un arbre (« L'arbre de vie ») autour duquel grandiront ses trois fils. En brassant le passé et le présent, le film déroule son intrigue et sa thématique au travers des souvenirs du fils aîné devenu adulte, Jack (Sean Penn), qui exerce la profession d'architecte à Houston. En observant avec pudeur et sensibilité la vie quotidienne de la famille O'Brien, marquée par la tragédie de la mort de l'un des fils au cours de la guerre du Vietnam, Terrence Malick nous amène à réfléchir sur le choix d'une éthique de vie et nous suggère la présence invisible de Dieu comme sa foi en l'éternité. Deux voies nous sont offertes affirme la voix off de la mère au début du film : la nature et la grâce. La grâce relie l'homme à Dieu. « Frère, mère, ce sont eux qui m'ont conduit jusqu'à Toi », nous confie Jack. Douce et tendre, chérissant ses enfants, trouvant son bonheur en aimant les autres, la mère représente la figure de la grâce. Plongée dans le désespoir après la mort de son fils, elle pardonnera à Dieu au terme du récit, murmurant, les mains jointes : « Je Te l'offre. » Le père, lui, incarne la nature. Il aime ses fils, mais ne le montre pas assez. Dur, autoritaire, sûr de lui, il leur impose – en particulier à Jack, le fils aîné (Hunter McCracken) – une éducation spartiate qui devrait leur permettre de réussir dans la vie. Mais cette discipline de fer, ressentie comme une aliénation de la personnalité, suscite la tentation du « meurtre du père », suggérée tant par la parole (la voix off de Jack s'adresse à Dieu : « Tue-le, fais le disparaître. ») que par le regard : quand l'adolescent observe son père en train d'effectuer une réparation sous sa voiture, on sent qu'il souhaiterait que la voiture tombe sur son père et l'écrase.

Le cinéaste oppose deux lieux. Le lieu principal, celui du passé, avec la petite ville du Texas située en bordure du fl [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, critique de cinéma

Classification

Pour citer l’article

Michel ESTÈVE, « THE TREE OF LIFE (T. Malick) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/the-tree-of-life-t-malick/