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THE TRAGEDY OF THE COMMONS (G. Hardin)

« The Tragedy of the commons », en français « La tragédie des communs » (et non « des biens communs »), est un article écrit par le biologiste et militant écologiste américain Garrett Hardin. Depuis sa publication en décembre 1968 dans la revue Science, ce texte a eu une grande influence dans la pensée environnementale, mais aussi en économie, en sciences politiques et dans des domaines plus appliqués comme l’agronomie et la gestion des ressources naturelles.

Le raisonnement de « La tragédie des communs » se présente sous la forme d’une expérience de pensée. Hardin part de l’exemple d’un pâturage exploité en commun par plusieurs éleveurs. Chacun y fait pâturer ses bêtes. Lorsque l’un des éleveurs ajoute un animal dans cette prairie, il en tire un revenu supplémentaire (+ 1), lié à la vente de cet animal. Or l’herbe servant à engraisser cette bête n’est plus disponible pour les autres animaux. Chaque bête maigrit un peu, ce qui entraîne, pour chaque éleveur, un manque à gagner qui correspond à la fraction – 1/N (N étant le nombre total de bêtes sur le pâturage).

Le bilan pour l’éleveur qui avait introduit une bête supplémentaire est donc un gain de + 1 et une perte de – 1/N. Comme cette dernière fraction est toujours inférieure à 1 (puisque c’est 1 divisé par le nombre total de bêtes), le bénéfice pour cet éleveur excède toujours la perte. Cela signifie que chaque éleveur a toujours intérêt à rajouter un animal sur le pâturage mutualisé. Toutefois, d’ajout en ajout, le pâturage devient surexploité et finit par être détruit. Conscients de cette issue malheureuse, les éleveurs sont pris dans une logique inexorable d’accroître leur profit, ce qui les conduit à la catastrophe, à la « tragédie ».

Ce raisonnement de la « tragédie des communs » permet à Hardin de conclure qu’il y a incompatibilité entre propriété commune et durabilité. Selon lui, seules deux solutions existent alors : diviser la ressource en propriétés privées exploitées par chaque éleveur ou bien la faire gérer par une instance supérieure, par exemple l’État. Le succès de cette théorie a été immense, dans les années 1970 et 1980. Ainsi, pour gérer une ressource naturelle exploitée en commun et dégradée, les partisans du marché ont utilisé ce raisonnement pour conseiller sa privatisation. De même, les partisans de l’intervention étatique s’en sont servis pour justifier la mise sous tutelle par les services de l’État de cette ressource à préserver.

Mais ce n’est pas tout. « La tragédie des communs » contient aussi un message sous-jacent. Hardin a conçu sciemment son article de façon à suggérer ce message, mais sans le développer tout à fait. L’objectif est de dénoncer les risques d’une surpopulation mondiale. À ce second niveau de lecture, le pâturage exploité en commun, c’est la Terre dans son ensemble. Et les éleveurs qui l’utilisent, c’est l’ensemble des humains qui exploitent la planète pour y vivre. Hardin invite alors le lecteur à tenir le même raisonnement que précédemment. Chaque humain sur Terre a un intérêt (psychologique) + 1 à avoir un enfant, et donc à le rajouter au pâturage commun, la Terre. Mais l’effet négatif de cet ajout – le fait que cet enfant supplémentaire puise dans les ressources de la planète – est mutualisé, et il vaut – 1/N. Chacun a alors toujours intérêt à continuer de procréer. De naissance en naissance, la Terre risque d’être surpeuplée, et son environnement détruit, dans un futur proche.

Selon Hardin, pour échapper à cette tragédie, il faudrait contrôler la reproduction elle-même : soit avec un État qui limite les naissances par la force (c’est, par exemple, la politique de l’enfant unique en Chine), soit, suggère-t-il, par le marché, en créant des marchés de « droits à enfanter ».

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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