THARAUD ERNEST dit JÉRÔME (1874-1953) & CHARLES dit JEAN (1877-1952)

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Ces deux fils d'un notaire de campagne voyagent à travers l'Europe, participent à la guerre de 1914-1918 et suivent Lyautey au Maroc. Cette expérience vécue sera la matière de tous leurs livres. Ils commencent par publier des reportages dans les Cahiers de Péguy, des récits modestes et simples où ils prétendent seulement peindre, sans ambition d'analyse historique ou politique, pour l'agrément du lecteur, des scènes d'exotisme. Le succès leur vient en 1902 avec Dingley, l'illustre écrivain, une sorte de roman d'actualité où ils retracent la guerre des Boers. Leur héros représente Rudyard Kipling. Puis leurs livres s'organisent en deux séries : l'une sur Budapest, où Jérôme fut lecteur à l'université, et les milieux juifs de l'Europe de l'Est, l'autre sur les pays musulmans et la colonisation française. À l'ombre de la Croix (1917) et L'An prochain à Jérusalem (1924) rendent compte de cette âme israélite qui se transforme en esprit national. La Fête arabe (1912) dit avec beaucoup de justesse l'impossibilité d'un accord franco-arabe harmonieux : la fête serait le rêve de la communion, conservation de l'exotisme et progrès de la civilisation. Leurs récits contribuent ainsi à faire connaître nombre de problèmes mondiaux et sensibilisent l'opinion ; ce sont avant tout des documentaires très sobres où un léger romanesque préserve le plaisir. Ils écrivent un seul vrai roman, La Maîtresse servante (1911) ; leur talent de conteur se met cette fois au service d'une étude sociale, celle de la ruine d'une grande famille du Limousin : un homme ramène chez sa mère, dans une propriété de province, son amante, une ouvrière de Paris. Leur analyse psychologique de cette femme qui devient prisonnière d'un milieu auquel elle n'appartient pas séduit par sa mesure. Ils écrivent encore un émouvant essai sur Péguy, Notre Cher Péguy (1927) ; ce sont leurs souvenirs de longues années d'amitié.

Ils ont atteint une manière de perfection dans le genre où ils s'étaient fixés, un réalisme stylisé, pittoresque et humain, le modèle du récit de voyage ou du documentaire littéraire. Leur collaboration fut sans défaut, puisant en l'expérience de l'un ou de l'autre ; et l'on dit que, quand l'un rédigeait, faisait œuvre d'imagination, l'autre, comme un premier lecteur, corrigeait.

—  Antoine COMPAGNON

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université Columbia, États-Unis

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Antoine COMPAGNON, « THARAUD ERNEST dit JÉRÔME (1874-1953) - & CHARLES dit JEAN (1877-1952) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/tharaud-ernest-dit-jerome-et-charles-dit-jean/