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TANG YIN[T'ANG YIN](1470-1523) ET QIU YING[K'IEOU YING](1510 env.-1551)

Qiu Ying, un artiste mésestimé

Né près de Shanghai dans une famille pauvre, Qiu Ying commence à gagner sa vie comme ouvrier laqueur. Venu à Suzhou, où il est l'élève de Zhou Chen, il se fait bientôt remarquer par ses dons et entre dans le cercle des plus grands peintres.

<em>L’Éveil du dragon au printemps</em>, Qiu Ying - crédits : Chih Lo Lou Collection/ Hong Kong Museum of Art

L’Éveil du dragon au printemps, Qiu Ying

N'étant ni poète ni calligraphe, Qiu Ying sera célèbre pour la délicatesse de son pinceau, le raffinement de ses œuvres et son habileté à copier les maîtres Tang et Song. Les lettrés lui reprocheront d'être méticuleux au point d'ajouter des pattes lorsqu'il peint un serpent. En fait, les copies médiocres de ses œuvres ont nui à sa réputation et n'ont fait voir en lui qu'un artiste patient et industrieux, dépourvu d'imagination. Ce jugement est faux. Les peintures authentiques de Qiu Ying montrent au contraire un créateur sensible, un esprit inventif, doué d'une excellente technique.

C'est aux figures féminines, aux scènes de palais dans le goût ancien, aux paysages archaïsants que Qiu Ying devra sa célébrité, et c'est l'aspect de son œuvre qui sera le plus copié. Il a insufflé une vie nouvelle aux styles anciens et a su rendre à la peinture professionnelle une élégance « lettrée », le respect de l'exactitude et de la clarté dans la représentation.

La manière de Qiu Ying apparaît plutôt dans certaines petites peintures à l'encre, comme le paysage du musée de Boston, qui doit dater de la première partie de sa carrière. Du haut d'un pavillon, une jeune femme contemple la vue sur la rivière. Celle-ci occupe tout le haut de la composition et dégage un sentiment de solitude triste qui rappelle Ni Zan. L'ensemble est rendu avec une économie de moyens et une simplicité magistrales.

Plus « lettré » apparaît le rouleau vertical Jouant du qin et du pipa dans un jardin (musée du Palais, Formose) : par un jour d'été, deux lettrés se sont réfugiés à l'ombre des bananiers et de hauts rochers ; l'un gratte un pipa, l'autre écoute, un qin posé à côté de lui. Légèrement en retrait, un jeune domestique dispose des fleurs dans un vase en bronze. La prédominance des tons bleus et verts souligne la fraîcheur de l'endroit, les rochers du premier plan, au modelé rude et sombre, évoquent l'isolement. Les personnages sont dessinés au pinceau fin et les rochers rappellent ceux de Li Tang. Dans cette peinture fluide, rapide, insouciante, Qiu Ying rejoint Tang Yin, avec peut-être moins de profondeur, mais avec une étonnante maîtrise technique.

— Michèle PIRAZZOLI-T'SERSTEVENS

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Michèle PIRAZZOLI-t'SERSTEVENS. TANG YIN [T'ANG YIN] (1470-1523) ET QIU YING [K'IEOU YING] (1510 env.-1551) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

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<em>L’Éveil du dragon au printemps</em>, Qiu Ying - crédits : Chih Lo Lou Collection/ Hong Kong Museum of Art

L’Éveil du dragon au printemps, Qiu Ying

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