STILBITE ou DESMINE

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Tectosilicate hydraté de calcium et de sodium, la stilbite est un minéral typique des associations zéolitiques. Allochromatique, elle décline une large gamme de couleur : blanc, blanchâtre, gris, jaune miel, rougeâtre, parfois rouge brique. Sa principale caractéristique réside dans sa forme cristalline qui permet une identification aisée : cristaux polymaclés dont l'interpénétration croisée, légèrement ouverte aux extrémités, fait penser à une botte de paille ou à un nœud papillon. Le terme synonyme de desmine (du grec desmè, gerbe) évoque cette disposition fasciculée. L'éclat nacré très vif de ses clivages lève toute ambiguïté de reconnaissance face aux autres zéolites communes : le nom de la stilbite, du grec stilbein (resplendir), souligne la luminosité de cet aluminosilicate.

formule : (Ca,Na)[Al2Si7O18], xH2O ;

système : monoclinique ;

dureté : 3,5-4 ;

poids spécifique : 2,1-2,2 ;

éclat : vitreux, fortement nacré suivant les plans de clivage ;

transparence : de translucide à transparente ;

cassure : irrégulière.

La structure de la stilbite est celle des tectosilicates du groupe des zéolites. En tant que tectosilicate, elle est constituée d'un assemblage de tétraèdres SiO4 liés entre eux par leurs quatre sommets, à l'instar de l'espèce la plus simple et la plus commune : le quartz. Aluminosilicate, la stilbite présente une substitution partielle des atomes silicium (Si), localisés au centre des tétraèdres, par des atomes aluminium (Al), ce qui lui donne une charpente tridimensionnelle de type (Si,Al)O2. En tant que zéolite, la trame aluminosilicique montre de « grandes » cavités, reliées entre elles par des « tunnels », dans lesquels viennent se loger des molécules d'eau (H2O) et des cations : principalement, pour la stilbite, du calcium (Ca), mais aussi du sodium (Na) ; si elle contient du potassium (K) elle est appelée heulandite (autre zéolite, du nom du collectionneur anglais Henry Heuland).

Cette structure zéolitique possède une propriété cristallochimique très particulière : l'eau contenue dans le réseau cristallin peut entrer ou sortir (à une température supérieure à 200 0C) sans pour cela affecter l'architecture du minéral, et être ainsi remplacée par des ions [soufre (S), chlore (Cl), mercure (Hg), plomb (Pb), etc.] ou des molécules (gaz carbonique, ammoniac ou hydrogène sulfuré...), un peu à la manière d'une éponge atomique et moléculaire. Cette caractéristique d'absorption d'éléments polluants ou nocifs est abondamment utilisée pour traiter les eaux, purifier des produits organiques ou séparer différents carbures de l'industrie pétrolière. À moyenne température, c'est-à-dire lorsque la zéolite, vidée de son eau, ne demande qu'à s'en imprégner de nouveau, on s'en sert pour assécher des gaz ou des liquides organiques renfermant des traces d'eau. La demande de ce « tamis moléculaire » est à présent tellement importante dans bon nombre de secteurs industriels ou ménagers (adoucisseurs d'eau, absorbants de mauvaises odeurs, agents blanchissants dans les dentifrices, etc.) que l'on a recours aujourd'hui à des zéolites de synthèse. Ainsi, la stilbite en belles gerbes, en agrégats sphérolitiques ou en macles cruciformes reste principalement une pièce convoitée sur le marché des collectionneurs.

La stilbite est un minéral commun des roches volcaniques (basaltes, mélaphyres), des roches métamorphiques (amphibolites) et de certaines pegmatites, tapissant les parois des géodes, souvent associée à la calcite ou à d'autres zéolites. Elle se forme à partir de solutions hydrothermales tardives remontées à la faveur de fissures. Les plus beaux spécimens (« nœuds papillon », pouvant atteindre une dizaine de centimètres) proviennent du plateau volcanique du Deccan en Inde (Bombay, Poona, Nasik et, surtout, Mahārāshtra), où ils sont associés à l'apophyllite (un phyllosilicate hydraté de calcium et de potassium). En Islande (Teigarhorn), des cristaux de cinq centimètres forment des revêtements sur de la calcite limpide (spath d'Islande). En Écosse (Kilpatrick Hills, île de Skye), des cristaux rouge orangé dépassant quatre centimètres sont associés à l'heulandite. On peut rencontrer la stilbite dans de nombreuses autres régions du monde : New Jersey (région de Paterson), Brésil (Rio das Antas, Rio Grande do Sul), Allemagne (Andreasberg), Italie (vallée alpine de la Fassa), Pologne (Haute-Silésie), Danemark (îles Féroé)... En France, un gisement exceptionnel fut mis au jour à Cambo (Pyrénées-Atlantiques) lors du percement d'un tunnel ferroviaire près du village d'Itxassou, révélant des cristaux flabelliformes centimétriques associés à la chabasite (autre zéolite). On connaît aussi la stilbite dans les Hautes-Pyrénées (pic d'Espade, le long de la route menant au Tourmalet, pic du Midi et massif de Néouvielle), en Haute-Garonne (près de Bagnères-de-Luchon, Saint-Béat), en Ariège (massif du pic Saint-Barthélemy), en Isère (Bourg d'Oisans) et dans le massif du Mont-Blanc.

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Écrit par :

  • : docteur en sciences de la Terre, concepteur de la collection La Science au présent à la demande et sous la direction d'Encyclopædia Universalis, rédacteur en chef de 1997 à 2015

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Pour citer l’article

Yves GAUTIER, « STILBITE ou DESMINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stilbite-desmine/