EBADI SHIRIN (1947- )

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Shirin Ebadi est une avocate et une militante des droits de l’homme iranienne. Elle a reçu le prix Nobel de la paix en 2003. Née en 1947 à Hamadan (nord-ouest de l'Iran) dans une famille musulmane pratiquante, Shirin Ebadi est la troisième enfant d'une fratrie de quatre. Son père était juriste, et elle entre à l'âge de dix-huit ans à la faculté de droit de Téhéran où elle obtient sa licence de droit privé en 1968. Après avoir réussi le concours d'entrée à la magistrature, elle est nommée auxiliaire du procureur de Téhéran. Elle faisait partie de la deuxième promotion de vingt femmes accédant pour la première fois à la magistrature en Iran. En 1975, elle est la première femme nommée présidente du tribunal de grande instance de Téhéran. Mais cinq mois après la révolution islamique, en 1979, elle est démise, comme toutes les autres femmes magistrates, de ses fonctions et rétrogradée aux fonctions de greffière. Elle exerce cinq ans les fonctions d'expert juridique au ministère de la Justice mais demande finalement une retraite anticipée. Elle élève ses deux filles tout en publiant des livres et des articles dans la presse. En 1992, elle rejoint l'ordre des avocats de Téhéran et commence une nouvelle vie. En 2002, avec quatre autres avocats iraniens, elle fonde le Centre des défenseurs des droits de l'homme (CDDH), affilié à la FIDH. Le 10 décembre 2003, deux ans après avoir reçu le prix Rafto – prix norvégien des droits de l'homme –, elle reçoit le prix Nobel de la paix. Elle est la première femme musulmane à recevoir ce prix.

Sa carrière d'avocate comprend deux aspects distincts. Le premier concerne des procès en matière de droit de la famille, où les femmes iraniennes, depuis la révolution islamique, font l'objet de discriminations. À travers ces procès, elle a pu dénoncer le machisme de la législation iranienne, notamment pour le droit de garde des enfants âgés de plus de sept ans, qui revient automatiquement au père après divorce.

Le second aspect de sa carrière d'avocate concerne les cas d'opposants politiques. En 1998, à la suite d'une série d'assassinats perpétrés par des agents du Vevak, le ministère des Renseignements et de la Sécurité, Shirin Ebadi représente les enfants de Parvaneh et Dariush Forouhar, deux grandes figures de l'opposition iranienne sauvagement tués à coups de couteau à leur domicile à Téhéran. Le tribunal militaire de Téhéran ayant imposé le huis clos, les familles des victimes ainsi que leurs avocats ont boycotté le procès et organisé une conférence de presse au cours de laquelle ils ont dénoncé les pressions exercées sur le tribunal.

En 1999, Shirin Ebadi défend la famille d'Ezzat Ebrahimnejad, jeune étudiant tué au cours de l'attaque de la cité universitaire de Téhéran par la milice (les bassidji). Un jeune homme, Amir Farshad Ebrahimi, ancien membre de la milice, se présente à son cabinet afin de dénoncer les organisateurs de ces attaques. L'avocate décida d'enregistrer ses déclarations sur une cassette, comme éléments de preuve. Elle est arrêtée quelques jours plus tard, accusée de diffamation et de déclarations mensongères, et incarcérée à la prison d'Evin. Libérée sous caution trois semaines plus tard, grâce à une mobilisation de l'opinion internationale, notamment par une campagne de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), elle est finalement condamnée en appel à une amende.

En juin 2003, la photographe irano-canadienne Zahra Kazemi se rendit devant la prison d'Evin pour prendre des photos des familles d'étudiants emprisonnés, rassemblées devant la prison pour se renseigner sur le sort de leurs enfants. Elle fut battue par deux gardiens de prison lors de son arrestation, interrogée, maltraitée et torturée durant trois jours. Admise à l'hôpital dans un état critique, elle tombe dans le coma et décède une semaine plus tard. Le gouvernement canadien, sur la demande du fils de la victime, fait pression sur Téhéran afin que le corps soit rapatrié au Canada, en vue d'une autopsie pour établir les causes de la mort. Cependant, le corps de la victime est enterré en Iran. Shirin Ebadi, sur la demande de la mère de Zahra Kazemi, prend à sa charge cette affaire très médiatisée et demande une enquête judiciaire de la part d'un juge indépendant, en vain. Sûre que les responsables de ce crime ne seraient jamais punis, elle entendait, à travers ce [...]

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Écrit par :

  • : essayiste, membre de la Ligue iranienne des droits de l'homme

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IRAN - Société et cultures

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Pour citer l’article

Laleh LAHIDJI, « EBADI SHIRIN (1947- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/shirin-ebadi/