CELIBIDACHE SERGIÙ (1912-1996)

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À une époque où les personnalités artistiques tendent à se couler dans des moules identiques, Sergiù Celibidache avait systématiquement refusé une évolution dictée par les moyens de reproduction et de communication. À sa façon, il était resté un homme d'une autre époque en refusant d'enregistrer le moindre disque en studio, la musique exigeant un renouvellement permanent et ne pouvant s'entendre qu'une seule fois, dans un cadre précis. Elle ne pouvait donc être reproduite. D'ailleurs, le commerce de la musique, entrave à sa quête de l'absolu, ne l'intéressait pas. Le cérémonial du concert, événement sacré, avait beaucoup plus d'importance. Il était considéré comme un mythe de la direction d'orchestre.

Il naît à Roman, près de Jassy, en Roumanie, le 28 juin 1912. Après avoir fait des études de philosophie et de mathématiques à l'université de Bucarest, il se fixe à Berlin en 1936 et parfait sa formation en se spécialisant dans la mécanique ondulatoire. Il étudie la musicologie à l'université Friedrich-Wilhelm avec Arnold Schering et Georg Schünemann et soutient une thèse de doctorat consacrée à Josquin des Prés. Parallèlement, il s'inscrit à la Musikhochschule, où il est l'élève de Fritz Stein, de Heinz Gmeindl et de Kurt Thomas (1939-1945). Il est toujours à Berlin en 1945 lorsque Wilhelm Furtwängler se trouve interdit de direction en attendant de passer devant la commission de dénazification. L'Orchestre philharmonique, qui venait de trouver un chef intérimaire en la personne de Leo Borchard, se trouve de nouveau orphelin à la mort de celui-ci. Celibidache est alors nommé, malgré son inexpérience. On sait peu de chose sur lui à cette époque. La légende commence à se forger : exigence, mémoire fabuleuse, volonté intraitable. Mais certains prétendent qu'il maîtrise mal les grandes œuvres du répertoire. Néanmoins, ses premiers pas dans la carrière se déroulent dans des conditions exceptionnelles car il semble évident qu'il apprend beaucoup au contact d'un tel orchestre, même mutilé par les pertes de la guerre. En 1948, Furtwängler reprend la direction des Berliner Philharmoniker et Celibidache reste à son côté comme assistant pendant cinq ans. Les rares disques qu'il ait autorisés sont enregistrés à cette époque à Berlin et à Londres. En 1952, il quitte Berlin pour mener une carrière de chef invité en Italie et en Israël dans un premier temps. Le personnage s'affirme de plus en plus ; il obtient des résultats incroyables d'orchestres médiocres grâce à un nombre considérable de répétitions. Mais cette exigence lui barre la route de nombreuses formations, qui refusent de bouleverser leur planning pour l'inviter, notamment les grands orchestres américains. Des enregistrements pirates permettent de se faire une idée des concerts qu'il a donnés au cours des années 1950 et 1960 avec les orchestres de la R.A.I. À partir de 1959, il est l'invité régulier de l'Orchestre symphonique de la Radio de Stuttgart (S.D.R.). De 1962 à 1971, il est à la tête de l'Orchestre philharmonique de Stockholm, qu'il hisse au niveau des grandes phalanges européennes. Puis il est premier chef invité de l'Orchestre national de l'O.R.T.F. (1973-1975). L'expérience tourne court à la suite d'un conflit avec certains musiciens. En 1978, il revient dans son pays natal pour une série de concerts triomphaux avec la Philharmonie Georges-Enesco de Bucarest. En 1979, il prend la direction musicale de l'Orchestre philharmonique de Munich, qu'il conservera jusqu'à sa mort, survenue à Paris le 14 août 1996. Parallèlement à sa carrière de chef d'orchestre, il se consacre à l'enseignement, d'abord à Sienne, à l'Accademia Chigiana (1960-1962), puis en Allemagne, aux États-Unis (Curtis Institute of Music de Philadelphie), à Paris (Conservatoire et Schola Cantorum)... Parmi ses élèves, on relève les noms d'Eliahu Inbal, Zoltán Peskó, Enrique García Asensio et Horia Andreescu. Il donne aussi des cours de phénoménologie musicale à l'université de Mayence.

Celibidache était un chef d'orchestre hors du commun : on ne pourrait le comparer à nul autre. Il dirigeait peu de concerts, jamais d'opéras, un genre dans lequel sa passion du détail ne pouvait s'épanouir. Il possédait une rare connaissance de l'univers orchestral et savait tirer le meilleur de chacun, cultivant la recherche des couleurs et des équilibres, la justesse absolue et la précision rythmique. Sa fabuleuse mémoire l [...]

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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  • Écrit par 
  • Alain PÂRIS
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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « CELIBIDACHE SERGIÙ - (1912-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sergiu-celibidache/