DUTSCHKE RUDI (1940-1979)

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Figure de proue de la contestation estudiantine en Allemagne fédérale en 1967-1968, Rudi Dutschke est né le 7 mars 1940 à Schönfeld, dans le Mark Brandenburg dans un milieu modeste ; son père travaillait comme employé des postes. Il appartenait aux jeunesses protestantes de R.D.A. Attiré par le sport, il voulait après son Abitur (baccalauréat), obtenu en 1958, se préparer à la carrière de journaliste sportif. Mais ayant refusé de faire son service militaire, il ne put entrer à l'Université.

Rudi Dutschke lors d'une manifestation en 1968

Photographie : Rudi Dutschke lors d'une manifestation en 1968

Leader de la Fédération des étudiants socialistes (Sozialistischer Deutscher Studentenbund), Rudi Dutschke s'imposa comme le porte-parole du mouvement estudiantin allemand de 1967 jusqu'à l'attentat dont il fut victime en avril 1968 à Berlin et qui faillit lui coûter la vie. 

Crédits : Wolfgang Kunz/ ullstein bild/ Getty Images

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En 1961, il se réfugie à Berlin-Ouest où il doit passer l'Abitur ouest-allemand avant d'entamer des études de sociologie. Déçu par le système capitaliste, il va jusqu'en 1964 suivre les cours de Herbert Marcuse à l'université américaine de Berkeley.

Trotskiste, il condamne le communisme bureaucratique. Il entre au groupe Action subversive, né de la section allemande de l'Internationale situationniste qui protestait contre la civilisation de masse et donnera naissance ultérieurement au Mouvement des communes.

L'année 1965 marque le début des manifestations estudiantines en Allemagne fédérale. Leur point culminant sera atteint en 1968. Les lenteurs de la réforme universitaire, l'arrivée au pouvoir à la fin de l'année 1966 du gouvernement de grande coalition (C.D.U.-C.S.U., S.P.D.), les projets de législation sur l'état d'urgence, la montée du parti d'extrême droite N.P.D. et l'impopularité croissante de la guerre au Vietnam, appuyée par un antiaméricanisme virulent, accroissent le divorce entre les jeunes et les adultes, d'où sortira le mouvement d'opposition extraparlementaire A.P.O. (Ausserparlamentarische Opposition).

La protestation prend un tour violent lorsque, le 2 juin 1967, l'étudiant Benno Ohnesorg est abattu par un policier au cours d'une manifestation contre la visite officielle du shah d'Iran à Berlin-Ouest. Par son talent oratoire et par son influence charismatique, Rudi Dutschke s'impose rapidement comme le chef idéologique de la Fédération des étudiants socialistes S.D.S. (Sozialistischer Deutscher Studentenbund), en rupture avec le S.P.D. Il s'en prend avec verve aux structures autoritaires de l'État, de la société, et notamment des mass media. Il devient très populaire auprès de la jeune génération à laquelle il propose de sortir de l'Université et d'entamer « la longue marche à travers les institutions » pour renverser l'ordre établi.

De telles exhortations ont un profond retentissement dans cette Allemagne longtemps accaparée par la reconstruction.

Agitateur ? Utopiste ? Penseur ? Dutschke n'a guère eu le temps de donner la pleine mesure de ses capacités. Le 11 avril 1968 à Berlin, un ouvrier de vingt-trois ans, Josef Erwin Bachmann, un simple d'esprit sans doute influencé par les campagnes de presse contre le chef de file des contestataires, tire plusieurs coups de feu sur Rudi Dutschke.

Condamné à sept ans de prison, Bachmann se suicide dans sa cellule en février 1970. Gravement touché au visage, Rudi Dutschke échappe de justesse à la mort, mais cet attentat lui laisse de douloureuses séquelles. De violentes manifestations de solidarité éclatent dans plusieurs villes universitaires, faisant même deux morts à Munich. La presse du groupe conservateur Springer est rudement prise à partie. Après Mai-68, les tendances anarchisantes apparaissent et le mouvement de contestation éclate. Il n'est pas sûr que Rudi Dutschke aurait pu maintenir son unité. Il se réfugie en Grande-Bretagne où il reprend des études de sociologie. Expulsé en 1971 pour « activités subversives », il est accueilli par l'université danoise d'Aarhus qui lui offre un poste de maître assistant. Il y rédige sa thèse sur Lénine, publiée à Berlin-Ouest en 1974, mais dont le contenu est assez décevant. Il revient en Allemagne fédérale pour des voyages plus ou moins longs. Il ne reconnaît plus le mouvement antiautoritaire qu'il avait contribué à lancer et, surtout, il condamne l'aventure terroriste.

Déçu tant par le communisme soviétique que par le communisme chinois, cet intellectuel de gauche sans troupe reporte tout son espoir sur le mouvement écologiste. En octobre 1979, ses amis avaient fait élire quatre des leurs à la diète régionale de Brême, et Rudi Dutschke participait activement au lancement du parti des « Verts » en vue des élections fédérales de 1980. Il s'était encore fait r [...]

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Henri MÉNUDIER, « DUTSCHKE RUDI - (1940-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rudi-dutschke/