HORN RONI (1955- )

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Roni Horn est une artiste américaine qui utilise la sculpture, le dessin, la photographie, l'installation et le livre. Depuis ses premières œuvres datées des années 1970, elle développe une réflexion sur la vision, l'espace de la représentation, l'identité et la mémoire. Les paysages islandais cristallisent sa perception d'un monde en perpétuelle mutation. Séries de photographies presque identiques, imposants blocs de verre cubiques, miroirs d'eau, dessins architectoniques : les expositions de Roni Horn placent le spectateur devant un dispositif minimaliste. À travers différentes formes souvent répétitives, l'artiste nous propose une archéologie du regard.

Doubt by Water, R. Horn

Photographie : Doubt by Water, R. Horn

Roni Horn, Doubt by Water, 2003-2004. Dix-neuf photographies à deux faces de 41,9 cm × 55,9 cm chacune et présentées sur des supports en aluminium de 179 cm de hauteur. Cette série de portraits d'un même jeune homme montre au verso de chaque image la représentation d'un oiseau ou d'un... 

Crédits : B. Jacobson/ Courtesy Matthew Marks Gallery

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Née en 1955 à New York, Roni Horn fait ses études au Rhode Island School of Design (1972-1975), puis à l'université Yale (1976-1978). L'une de ses premières installations présente le cheminement de fourmis dans une coupe verticale de terre. L'artiste est ici à l'origine d'un dispositif aléatoire dont elle ne maîtrise pas l'évolution : les fourmis font le tableau à chaque instant. Seul le spectateur se souviendra de ce qu'il a vu et ressenti le temps de sa visite. Véritable tableau vivant, Ant Farm (1974-1975) refuse de figer l'œuvre dans une forme définitive. Une constante que l'on retrouve dans This is Me, This is You (48 photographies de sa nièce dans différentes postures, 1999-2000) ou Cabinet of (36 portraits évanescents d'un clown, 2001). La fluidité de l'eau lui fournit une matière réfléchissante qui change au gré de l'environnement. Dans Still Water (The River Thames, for exemple) en 1999, Roni Horn présente quinze photographies du fleuve en relation avec Londres. Symboliquement, l'eau incarne le cycle de la vie et le réceptacle de la mémoire. Dans la petite ville de Stykkishólmur, Roni Horn a créé un centre d'archives qui conserve vingt-quatre eaux provenant de sources glaciaires, recueillies à travers l'Islande.

À la fin des années 1980, l'artiste rend hommage à la poétesse Emily Dickinson (1830-1886) qui vécut dans une réclusion volontaire. De courtes citations de son œuvre – « To Make A Prairie It Takes A Clover And One Bee » (« Pour faire une prairie il faut un trèfle et une abeille ») – se transforment en sculpture. Des lettres en plastique moulées dans des barres d'aluminium quadrangulaires sont disposées contre le mur. La forme équarrie des lettres se prolonge sur les autres faces, alternant avec des bandes indéchiffrables. En matérialisant des fragments de strophes, Roni Horn ravive la poésie d'Emily Dickinson sans l'illustrer. Le mot devenu objet se donne à voir pour ce qu'il est.

L'installation Things That Happen Again (1986) utilise deux cônes en cuivre pesant 907,2 kg chacun. Formes tronquées apparemment identiques, les cônes reposent sur le sol dans deux pièces différentes. La présence répétitive d'une même forme purement sculpturale induit une impression de déjà-vu. L'attention du spectateur dépend de la situation de l'objet dans l'espace et dans le temps. Après le processus de dédoublement, la série des Pairs introduit des variations infimes sous la forme de diptyques. La proximité de deux photographies quasi identiques (Dead Owl, 1998) stimule une vision comparative qui s'épuise d'elle-même. Il est illusoire de chercher des différences où se concrétiseraient par exemple un avant ou un après. L'œuvre existe dans un espace intermédiaire créé par le spectateur.

Composée de cent photographies réalisées en Islande, You Are The Weather (1994-1995) est sans doute le point d'orgue d'une œuvre qui mélange élégance et rigueur. Roni Horn a systématiquement photographié en gros plan le visage d'une femme qu'on imagine prendre un bain en extérieur. Les yeux bleus fixent le spectateur avec intensité mais sans ostentation. Les cheveux sont tirés en arrière. Peu apprêté, le visage montre une beauté banale et familière. Dépouillés de toute psychologie, ces portraits en couleurs ou en noir et blanc s'arrêtent avant le voyeurisme et la séduction. Ils expriment simplement la présence de l'autre au gré des phénomènes atmosphériques. Le visage se fait écran et miroir. Il renvoie la lumière environnante, comme il renvoie à ses propres pensées le regard du spectateur. You Are The Weather inclut celui-ci dans un processus participatif qui associe l'intérieur et l'extérieur. Cette façon poétique de parler de l'intime sans en avoir l'air traverse toute l'œuvre de Roni Horn. Son la [...]

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Écrit par :

  • : graphiste, photographe, enseignant en histoire de la photographie, diplômé de l'École nationale de la photographie, Arles

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Pour citer l’article

Noël BOURCIER, « HORN RONI (1955- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/roni-horn/