GARCIA RODRIGO (1964- )

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Rodrigo Garcia est né à Buenos Aires (Argentine) en 1964. Bien que vivement controversée, l'œuvre de ce metteur en scène, auteur, vidéaste et scénographe qui s’est établi à Madrid en 1986 connaît un succès incontestable en Europe, et notamment en France. Ainsi, au cours de l'année 2003, il a créé Jardinage humain au Théâtre national de Bretagne, puis Roi Lear à la Comédie de Valence. D'autres spectacles ont tenu l'affiche, tels J'ai acheté une pelle chez Ikea pour creuser ma tombe (Théâtre national de Strasbourg, puis Théâtre de la Cité internationale, Paris, 2003-2004), L'Histoire de Ronald, le clown de McDonald's (festival d'Avignon, 2004) ou Golgota picnic (Théâtre du Rond-Point, Paris, 2011). Matthias Langhoff s'est confronté lui-même à la poésie corrosive du trublion d'origine argentine en mettant en scène Borges, en 2002. À la frontière du théâtre, de la danse et des arts plastiques, les dernières créations de la Carniceria Teatro (« la Boucherie théâtre »), compagnie fondée en 1989, montrent la même volonté d'expérimentation, tout en incarnant un « théâtre du combat » qui tend à s'endurcir. Elles militent pour un art utile, contre un théâtre « professionnel ». Leur dimension pamphlétaire repose sur une esthétique de la résistance, mêlée à une poétique festive de l'excès.

Qu'il prenne pour cible une icône du consumérisme impérialiste américain, le clown de McDonald's, la soumission de l'humain et de la nature à un ordre artificiel dicté par l'économie de marché ou les conflits d'une tragédie shakespearienne réadaptée, le théâtre de Rodrigo Garcia est d'abord un violent pamphlet politique, social et culturel qui mesure sans pitié l'ampleur des maux auxquels le monde est confronté. À commencer par la répartition inégale, perpétuée, des richesses et du pouvoir : dans Jardinage humain, les grandes puissances affrontent et vainquent le Tiers Monde lors de grands matchs où elles s'approprient et engloutissent sans vergogne chaque assiette de nourriture, réduisant à néant le score de leurs adversaires. Cette dimension carnavalesque touche particulièrement l'homme politique. Ici, un comédien revêt de temps en temps le masque de Jacques Chirac. Là, le roi Lear, footballeur solitaire, admire Les Désastres de la guerre gravés par Goya, sur le champ de bataille. La démocratie, rêve démoli, ne paraît pas reconstructible, tant l'instinct de profit d'une minorité la menace éternellement.

Dans les spectacles-performances de Rodrigo Garcia, la mémoire individuelle et collective du spectateur est sollicitée en permanence. La mise en évidence systématique de toute forme de consensus, de poncif ou de pensée totalitaire – surtout celle qui gouverne insidieusement notre quotidien –, conduit à une mise en question de la réalité, et des pseudo-valeurs qui la sous-tendent. Ainsi, l'argent est avidement cultivé dans des pots. L'arbre de la généalogie familiale est planté sur scène par le truchement d'étrons factices... L'égocentrisme, la vacuité des relations humaines transparaissent dans les sujets abordés au cours d'un dîner, ou dans la mise en scène des échecs successifs que connaît une fête annuelle...

Déplorant la perte de sensibilité et de perception actuelle des individus, ces spectacles désignent des responsables : à commencer par les médias, qui engendrent une sous-culture, une sur-information et incitent à la sur-consommation. On verra donc, chez Rodrigo Garcia, une tête, empaquetée de journaux, vomir des produits alimentaires, un couple faire l'amour sans lâcher ses sacs de provisions, un individu éviscéré puis nettoyé avec un aspirateur. L'être humain, dans son culte de l'apparence et du confort, pourrait modifier son comportement jusqu'à devenir un corps-marchandise. Ce portrait d'un quotidien abandonné à lui-même renvoie constamment le spectateur à sa propre léthargie.

Dans la lignée de l'agit-prop, le théâtre de Rodrigo Garcia œuvre en faveur d'une prise de conscience. Il consiste en une succession rapide de saynètes. Jouées ou dansées, celles-ci transmettent des messages clairs, mais volontairement contradictoires afin d'éviter le didactisme. Ils sont efficacement véhiculés par un discours au langage populaire, des actes et des images symboliques où dominent l'invraisemblable, l'humour et la fantaisie. En fond de scène, un écran géant diffuse écritures et vidéos en utilisant des procédés médiatiques. Une phrase-slogan, « Ne t'inquiète p [...]

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Delphine JAUNASSE, « GARCIA RODRIGO (1964- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rodrigo-garcia/