LOWELL ROBERT (1917-1977)

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C'est dans le long passage en prose « 91 Revere Street » qui fait partie du recueil Life Studies (1959) que le poète américain Robert Lowell retrace sans détours son histoire personnelle et se présente sans complaisance : fils unique, maussade, traînant son ennui, son narcissisme et sa « légère paranoïa ».

La solitude, la timidité, le besoin et le goût de se dire l'inciteront à quitter Harvard pour Kenyon College où il sait qu'il pourra bénéficier des conseils de John Crowe Ransom et de Allen Tate : le premier, son professeur, lui apprendra les subtilités de la structure et de la texture poétiques, le second l'engagera à se convertir au catholicisme : cette conversion ne sera que temporaire.

Dans ses premiers recueils, où l'on perçoit l'écho de voix connues : Eliot, Yeats, et surtout Hart Crane, Lowell cultive avec une ferveur tenace l'inquiétude et l'angoisse dont les puritains se nourrissaient avec délectation : introspection, examen de conscience, rumination quotidienne sur la corruption humaine et la dégradation de la créature, doute, incertitude, désespoir de l'âme qui s'interdit de supposer qu'elle pourrait échapper à la damnation.

Après la publication de Life Studies (1959), le genre de la confession semblait caractéristique du poète ; la critique saluait officiellement en lui un chef d'école. Mais en 1961, Lowell manifeste son désir et sa volonté de créer autre chose, sur un autre registre. Avec Notebook 1967-1968 (1969), le poète revient à la vie, et renoue avec une tradition familiale que son arrière-grand-oncle, James Russell Lowell, avait brillamment illustrée avec A Fable for Critics (1848), sorte de journal léger, mi-satirique, mi-bienveillant où l'on voyait défiler les « lions » du siècle. De même, dans le Notebook (recueil de trois cents poèmes de quatorze vers chacun) de Robert Lowell, la chronique de la vie littéraire et politique constitue un document précieux. Les hardiesses du langage, voire son obscénité, représentent ici un moyen de sauvegarder son impulsivité, parallèlement aux recherches savantes.

Pourtant, avec l'âge, le ton se fait plus grave. Si des thèmes fréquents dans le sonnet (fuite du temps, amour, amitié, souvenir) figurent largement dans la trame lyrique qui donne au recueil sa couleur et son timbre, la vigueur du langage absorbe les échos multiples qu'une vaste culture intègre tout naturellement au texte. Cependant, les contradictions et les conflits ne sont pas résolus ; la sérénité ne naît peut-être que de la lassitude, ou de la certitude que le trajet humain erre dans la vanité et la solitude. En définitive, le Notebook souhaite l'oubli « régnant désert ».

Les derniers poèmes de Lowell ont été recueillis dans deux ouvrages parus avant sa mort : Selected Poems et Day by day.

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Laurette VÊZA, « LOWELL ROBERT - (1917-1977) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-lowell/