GESSAIN ROBERT (1907-1986)

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Professeur au Muséum national d'histoire naturelle, ancien directeur du musée de l'Homme, Robert Gessain était à la fois médecin, ethnologue, psychanalyste et explorateur. Ces multiples appartenances ont contribué à la richesse et à l'originalité toute particulière de sa vie et de son œuvre.

Né à Clermont-Ferrand, fils de magistrat, il fit ses études de médecine à la faculté de Paris d'où il sortit diplômé en 1932. Après un séjour de dix-huit mois dans le Rif marocain, dans le cadre de son service militaire, il fréquente l'institut d'Ethnologie et le musée d'Ethnographie du Trocadéro, qui deviendra, en 1937, le musée de l'Homme. Il s'y trouve à bonne école auprès de Paul Rivet et de Georges-Henri Rivière.

L'occasion se présente alors pour lui de partir vers le grand Nord à bord du Pourquoi-Pas ?, le navire polaire du commandant Charcot : il s'embarque en juillet 1934, à Saint-Servan, pour le Groenland oriental, avec les autres membres de 1'expédition polaire française sur la côte est du Groenland ». Les quatre compagnons de cette expédition – Paul-Émile Victor, ethnologue ; Michel Perez, géologue ; Fred Matter, cinéaste chargé des prises de vues, et Robert Gessain, médecin anthropologue – hiverneront à Ammassalik d'août 1934 à septembre 1935. Partageant la vie quotidienne de ces chasseurs de mammifères marins – alors à peine connus du monde extérieur et vivant encore essentiellement comme leurs ancêtres eskimos au cours des millénaires précédents –, Robert Gessain rapportera de ce premier séjour une moisson d'observations anthropologiques, ethnologiques, linguistiques, complétée par de remarquables photographies, qui feront l'objet de nombreuses publications. Avec Paul-Émile Victor, il contribuera aussi à enrichir les collections arctiques du musée de l'Homme de quelque 4 000 objets.

Au printemps de 1936, Robert Gessain, Paul-Émile Victor, Michel Perez et l'archéologue danois Eigil Knuth entreprennent, à pied, la traversée d'ouest en est de la calotte glaciaire du Groenland, accompagnés de traîneaux à chiens. Après quarante-cinq jours d'une progression rendue très difficile par de mauvaises conditions météorologiques, l'« expédition française transgroenland » arrive dans la région d'Ammassalik, réalisant ainsi un véritable exploit, à la limite des forces physiques et psychologiques de ces quatre « explorateurs ». Peu de temps après son retour en France, avec Paul-Émile Victor, Eigil Knuth, Théodore Monod, Henri Lhote, Bertrand Flornoy, Fred Matter, Jean de Guébriant, André Parrot, André Guibaut et Louis Léotard, Robert Gessain contribue à la fondation de ce qui deviendra par la suite la Société des explorateurs et voyageurs français.

Le terme explorateur, pris dans son sens le plus large, s'applique on ne peut mieux à Robert Gessain : en dehors de la prouesse que représente la traversée de l'inlandsis, sa longue existence a été tournée vers la découverte et l'exploration des autres cultures, ainsi que de l'être humain. Découvrant la psychanalyse, il s'y consacra pendant une grande période de sa vie (de 1948 à 1957) en tant que praticien et didacticien. Il adhéra en 1955 à la Société française de psychanalyse, puis à l'École freudienne de Paris, que Jacques Lacan fonda en 1964. Il y travailla notamment avec Françoise Dolto. Cette approche particulière devait nourrir sa pensée et ses travaux ethnologiques ultérieurs. Nommé sous-directeur du musée de l'Homme en 1958, il rassemble autour de lui, en 1959, une équipe de recherche multidisciplinaire et fonde le Centre de recherches anthropologiques du musée de l'Homme, qu'il dirige pendant vingt années, jusqu'à son départ pour la retraite. En 1965, il avait été nommé professeur sans chaire au Muséum national d'histoire naturelle et, en 1968, professeur titulaire de la chaire d'anthropologie et directeur du musée de l'Homme. Dans ses fonctions de direction de recherche, il fut un ardent défenseur de la multidisciplinarité, regroupant près de lui, pour l'étude de différents petits groupes endogames (ou isolats), anthropologues physiques, généticiens, anthropologues sociaux et linguistes. Son intérêt pour les méthodes de la démographie et de la génétique des populations remontait déjà fort loin ; il date de l'époque où, de 1942 à 1944, il travailla à la Fondation française pour l'étude des problèmes [...]

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  • : directeur de l'U.P.R. 2147 du C.N.R.S. (dynamique de l'évolution humaine : individus, populations, espèces)

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Joëlle ROBERT-LAMBLIN, « GESSAIN ROBERT - (1907-1986) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-gessain/