BURNS ROBERT (1759-1796)

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Le plus grand poète écossais. Fils d'un pasteur d'Alloway (Ayrshire), Robert Burns vécut toute sa vie en Écosse, d'abord dans son comté natal, connu aujourd'hui des touristes sous le nom de Burns Country, puis à Édimbourg de 1787 à 1791. Il se fixa ensuite à Dumfries où il mourut des suites d'une beuverie. La vie de Burns fut très mouvementée car elle fut jalonnée d'aventures sentimentales, tragiques ou scabreuses, avant son mariage avec Jean Armour en 1788.

Le premier recueil de ses poèmes fut publié à Kilmarnock en 1786, le second imprimé à Édimbourg en 1787. Burns, d'abord considéré comme une sorte de « poète-paysan », apparut vite comme le grand poète national.

L'instruction était d'un haut niveau en Écosse au xviiie siècle et Burns, dans la ferme paternelle, avait beaucoup lu. On connaît ses lectures qui font une large place à la littérature classique anglaise (le Spectator, les poèmes de Pope), à la littérature à la mode (le sentimentalisme de Sterne ou les poèmes d'Ossian). Mais Burns admire aussi les poètes écossais. Tout de suite après l'union avec la Grande-Bretagne, il y eut, à Édimbourg, un renouveau littéraire et surtout poétique sous l'impulsion d'Allan Ramsay (1686-1758). Libraire et poète, celui-ci tenait boutique littéraire et autour de lui se forma un cénacle de jeunes talents. Allan Ramsay édita les anciens poètes écossais des xve et xvie siècles, les chaucériens écossais de la cour du roi poète d'Écosse Jacques Ier (1394-1437) et leurs successeurs. Il donna aussi leur chance aux plus jeunes poètes. Entre sa génération et celle de Burns, la poésie écossaise reconnut aussi en Robert Fergusson (1750-1774) son chef de file.

La poésie de Burns n'est donc pas un phénomène unique. Il est l'héritier d'une tradition nationale qui lui a légué une langue poétique. Comme ses prédécesseurs, Burns écrit à la fois en anglais et en dialecte écossais. Il est d'ailleurs plus à l'aise dans le second. Cette langue est un dialecte anglais du Nord, le Lawlan Scot, c'est-à-dire le dialecte des Lawlands du Sud par opposition au gaélique, langue celtique du Nord. Elle avait conquis, grâce aux chaucériens puis à Allan Ramsay, ses lettres de noblesse.

Il a emprunté aux anciens poètes écossais, les makers, des rythmes et des strophes qui souvent venaient eux-mêmes de Chaucer ou des poètes français de la cour de Marie Stuart. Il est ainsi curieux de voir Burns réintroduire dans la poésie anglaise des formes oubliées, venues de France, de Provence ou d'Italie. On dit souvent que Burns est un préromantique. En tant qu'artisan de la poésie, il a certainement aidé à la libération des formes d'expression poétique : bien qu'ayant eu des successeurs en Écosse — lady Nairn (1766-1845), James Hogg (1770-1835) — aucun n'a atteint sa grandeur et son originalité.

Son talent est divers. Homme simple, ses origines rurales ont développé chez lui l'observation et l'amour de la nature et de la simplicité. Son poème To a Mouse est typique de cet aspect « paysan » de l'art de Burns, qui connaît tous les visages de la campagne et les rend tout naturellement, sans recherche d'effets pittoresques.

Il aime les humbles et, comme Fergusson avant lui, il décrit la vie simple du paysan, le cotter, sans artifice, avec des sentiments un peu frustes mais profonds. Il exprime les joies de l'amour conjugal, du foyer après la journée de travail. The Cotter's Saturday Night est caractéristique de cet intimisme où la sentimentalité sait rester discrète. Nous sommes loin, à ce foyer, des salons londoniens et Burns, ici encore, fait œuvre de précurseur.

Pour deux éditeurs d'Édimbourg, James Johnson puis George Thomson, il a recherché les vieilles ballades et chansons populaires et, comme l'avait fait Allan Ramsay, il les a rénovées et modernisées. Le succès vraiment mondial de Auld Lang Syne témoigne de la réussite totale de Burns, véritable interprète du génie de son peuple.

Mais sa poésie a une valeur plus profonde encore et plus originale. À ses contemporains anglais, il a emprunté l'art de la satire et l'a renouvelé par le dialecte écossais et par les sujets qu'il a traités. Tantôt il attaque les cuistres ou les sots de son entourage, tel le portrait d'un apothicaire de village, Death and Dr. Hornbook, tantôt il s'en prend à l'hypocrisie des dévots calvinistes. Dans Holy Willie's Prayer, entre autres poèmes sur ce sujet, il dénonce l'étroitesse d'esprit de ceux qui utilisent le dogme calviniste pour justifier leurs turpitudes o [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Jean DULCK, « BURNS ROBERT - (1759-1796) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-burns/