THALER RICHARD (1945- )

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L’économiste américain Richard Thaler s’est vu décerner le prix Nobel d’économie en 2017 pour ses travaux sur l’économie comportementale, un domaine de la microéconomie qui applique les découvertes en psychologie et autres sciences sociales à l’étude des comportements économiques. Durant plus de quarante ans et à travers de nombreuses publications, Thaler a exploré la manière dont la prise de décision économique des individus, comme celle des institutions, est systématiquement et significativement influencée par les limites cognitives naturelles de l’être humain et par les préjugés, parmi d’autres facteurs psychologiques. Ses conclusions réfutent invariablement l’hypothèse, courante dans la théorie économique, selon laquelle les individus agiraient toujours de manière rationnelle et égocentrique, une conception idéalisée que la plupart des économistes considèrent néanmoins comme valable pour leurs prévisions. Thaler a identifié, dans la réalité, des types de comportements économiques qui diffèrent des normes rationnelles. En se fondant sur ses observations, de nombreuses politiques sociales publiques et privées pourraient gagner en efficacité en mettant en place des incitations et encouragements (nudges) qui orientent subtilement les individus vers une bonne prise de décision sans toutefois les priver de leur liberté de choix. Thaler, parmi d'autres, qualifie de telles mesures de « paternalisme libertarien » (libertarian paternalism).

Richard Thaler

Photographie : Richard Thaler

Professeur à l'université de Chicago, l'Américain Richard Thaler a reçu le prix Nobel d'économie en 2017. Spécialiste en économie comportementale, il utilise les découvertes en psychologie pour analyser les comportements économiques. 

Crédits : Scott Olson/ Getty Images

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Né le 12 septembre 1945 à East Orange (New Jersey, États-Unis), Richard Thaler est diplômé de la Case Western Reserve University à Cleveland (Ohio) en 1967, et de l’université de Rochester (New York) où il obtient un master (1970) suivi d’un doctorat en économie (1974). Il enseigne ensuite à la Graduate School of Management à Rochester, puis à la Graduate School of Business and Public Administration de l’université Cornell (New York) et enfin à la Chicago Booth School of Business.

Parmi les influences non rationnelles s’exerçant sur le comportement économique identifiées par Thaler, on compte des exemples de rationalité limitée, c’est-à-dire d’utilisation, à la fois par les individus et les organisations, de procédures de décision simplifiées sous l’effet de contraintes de temps, d’un manque d’information ou de la recherche du moindre effort. Les procédures obéissant à une rationalité limitée produisent des résultats généralement jugés acceptables, voire satisfaisants, mais ne sont parfois pas optimales. Dans le phénomène de « comptabilité mentale », par exemple, les individus répartissent mentalement leurs dépenses en différentes catégories, ou comptes (par exemple emprunt immobilier, entretien de la maison, nourriture, vêtements, divertissements, épargne), et décident de dépenser leur argent en fonction des seuls effets sur le compte concerné, plutôt que sur la totalité de leurs avoirs. Bien que la comptabilité mentale puisse nous éviter de dépenser trop sur un seul compte (puisqu’elle interdit de transférer l’argent d’un compte à un autre), elle entraîne dans certaines situations un accroissement des dépenses, comme lorsqu’un individu décide de régler des factures imprévues au moyen d’un prêt à la consommation, coûteux, plutôt qu’avec l’argent d’un compte d’épargne.

Thaler a montré que les individus sont également influencés dans leur comportement économique par leurs préférences sociales, en particulier leur perception de ce qui est juste, et qu’ils prendront sciemment des décisions qui leur sont défavorables (et sont donc à proprement parler « irrationnelles ») s’ils croient que cela contribuera à maintenir une situation juste ou à prévenir une situation injuste. Les gens prendront même des décisions qui vont à l’encontre de leur propre intérêt pour « punir » un acteur économique dont ils estiment qu’il s’est mal conduit.

Une autre influence non rationnelle, le manque de maîtrise de soi, a pour conséquence l’incapacité, très répandue, à économiser assez d’argent pour la retraite ou à atteindre d’autres buts financiers à long terme. Conformément à la vision de nombreux psychologues et autres chercheurs en sciences sociales, Thaler a soutenu que le phénomène de manque de maîtrise de soi en matière de décisions financières s’expliquait par le fait que les expériences du présent ou du futur proche ont tendance à être perçues comme plus importantes que celles d’un futur plus éloigné. Avec l’économiste canadien Her [...]

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  • Écrit par 
  • Patrick ROGER
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Dans le chapitre « La prime de risque des actions »  : […] À la suite de l'article de Rajnish Mehra et Edward Prescott, de nombreux auteurs ont tenté de résoudre l'énigme de la prime de risque des actions. Dans le cadre de la finance comportementale, la première contribution importante sur ce thème est due à Schlomo Benartzi et Richard Thaler qui, dans un article paru en 1995, combinent deux traits comportementaux pour obtenir une explication satisfaisan […] Lire la suite

Pour citer l’article

« THALER RICHARD (1945- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/richard-thaler/