DEFORGES RÉGINE (1935-2014)

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« J’ai longtemps rêvé d’être une enfant trouvée… fille de roi, peut-être… Mais je suis née à Montmorillon, petite ville du Poitou, au domicile de ma grand-mère paternelle, Blanche Peyon, le jeudi 15 août 1935 », écrit Régine Deforges dans ses Mémoires, L’Enfant du 15 août (2013). La narratrice revendique dans ces pages un désir constant de sentir la vie circuler en elle, un besoin d’exaltation, d’aventures et de mises à l’épreuve.

À l’adolescence, l’expérience se fait douloureuse quand l’institution religieuse dont elle est l’élève apprend ses amours interdites avec une camarade. Renvoyée après qu’on l’a obligée à brûler son journal intime, elle n’oubliera ni les coups, ni les humiliations, ni les rares gestes d’amitié. Elle ne relatera ce traumatisme qu’en 1978 dans Le Cahier volé, qui fait suite à Blanche et Lucie (1976), portrait romancé de ses deux grand-mères.

Avant d’être écrivain, Régine Deforges se sera consacrée avec passion aux livres, érotiques et autres. Tout commence à Paris quand la jeune autodidacte est engagée à la librairie du Drugstore des Champs-Élysées. Régine Deforges découvre Abellio, Céline, Moravia, Nabokov, Nizan, mais aussi La Question d’Henri Alleg (1958), un récit autobiographique sur la torture pendant la guerre d’Algérie.

Mariée brièvement avec l’industriel Pierre Spengler, dont elle a un fils, Franck, elle rencontre Jean-Jacques Pauvert, qui fut le premier à éditer Sade sous son nom d’éditeur. Il lui donnera une fille, Camille. Après avoir monté une librairie spécialisée dans les ouvrages érotiques, elle crée avec Pauvert les éditions L’Or du temps en 1967, en hommage au Manifeste du surréalisme d’André Breton : « Je cherche l’or du temps.»

Elle y publie l’année suivante Le Con d’Irène, un anonyme d’Aragon, sous le titre d’Irène. La police saisit immédiatement l’ouvrage. C’est le début d’une longue suite d’interdictions. Poursuivie par la censure, privée de ses droits civiques pour outrage aux bonnes mœurs, l’éditrice monte une nouvelle maison d’édition qui publie notamment La Mort propagande (1977), premier livre d’Hervé Guibert. On lui doit également O m’a dit (1995) aux éditions Pauvert, un recueil d’entretiens avec Dominique Aury, auteur d’Histoire d’O, un roman érotique que celle-ci avait publié en 1954 sous le nom de Pauline Réage, et qui avait fait scandale.

Mariée avec Pierre Wiazemsky (le dessinateur Wiaz), petit-fils de François Mauriac, Régine Deforges donne naissance à une fille, Léa. Elle fréquente Malagar, propriété des Mauriac, avant que la famille n’en fasse don au conseil régional d’Aquitaine en 1985 : ce domaine deviendra Montillac, le refuge des héros de La Bicyclette bleue.

Car, si elle connaîtra par la suite des démêlés judiciaires avec les héritiers américains de Margaret Mitchell, auteur d’Autant en emporte le vent, qui l’accuseront de plagiat et finiront par perdre leur procès, c’est avec La Bicyclette bleue et les neuf volumes qui suivent de 1981 à 2007 que Régine Deforges va connaître le succès populaire (plus de dix millions d’exemplaires vendus). À travers les aventures de son héroïne, Léa, la saga évoque tout à tour l’Occupation en France, la traque des criminels nazis en Argentine, la révolution cubaine, les guerres d’Indochine et d’Algérie.

Ancienne présidente de la Société des gens de lettres, ancien membre du jury Femina, l’écrivain aura puisé son inspiration dans la vie intellectuelle et politique de son siècle.

Régine Deforges est morte à Paris le 3 avril 2014.

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Véronique HOTTE, « DEFORGES RÉGINE - (1935-2014) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/regine-deforges/