RADIGUET RAYMOND (1903-1923)

« Phénomène des lettres françaises », selon Cocteau. La météorique carrière de cet écrivain mort à vingt ans aurait pu valoir à Radiguet un destin posthume à la Rimbaud. Mais l'écriture très classique et la lucidité qui caractérisent ses deux romans donnaient de Radiguet une image qui se prêtait mal à une telle mythification. Fils de journaliste, lancé lui-même à quinze ans dans le journalisme, il fréquente très jeune le Montmartre des années vingt, rencontrant peintres (Picasso, Modigliani), musiciens (Poulenc, Auric) et poètes (Max Jacob et surtout Cocteau, qui fut comme son mentor). À dix-sept ans, il fait des débuts fracassants avec Le Diable au corps (un des premiers ouvrages à être lancé avec les méthodes modernes de publicité), fausse autobiographie dont les thèmes étaient en consonance avec la sensibilité de l'immédiat après-guerre : l'histoire de cette jeune femme qui profitait du départ au front de son mari pour nouer une liaison avec un jeune adolescent scandalisa autant qu'elle séduisit. Dans cette recherche d'une authenticité des sentiments et d'un plaisir qui avouait son nom, la droite nationaliste ne voulut voir qu'une affirmation de cynisme et d'immoralité. On compara Radiguet à Laclos, tandis que pour son roman suivant (posthume), Le Bal du comte d'Orgel, on évoqua La Princesse de Clèves. Il y eut une quasi-unanimité pour saluer dans ce roman d'amour, chaste et déconcertant, une technique très sûre et une écriture de grande qualité, sobre et mesurée. Cocteau admirait en Radiguet « cette méthode d'une nouveauté étonnante, qui consistait à ne pas avoir l'air original ». Psychologue, moraliste, Radiguet apparaît en effet plus comme un écrivain qui sut admirablement se plier aux contraintes classiques d'écriture et de narration romanesques, comme un continuateur parfaitement doué que comme un novateur. Il reste que l'extraordinaire maîtrise de ce romancier adolescent continuera longtemps d'intriguer. Goût de la tradition et révolte coexistent d'étonnante façon chez ce tout jeune auteur capable de dire tour à tour la sensualité et la chasteté. L'œuvre poétique de Radiguet (Les Joues en feu) n'offre pas un intérêt majeur.

—  Claude BURGELIN

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Écrit par :

  • : professeur de littérature française à l'université de Lyon-II-Louis-Lumière

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COCTEAU JEAN (1889-1963)

  • Écrit par 
  • Christian DOUMET
  •  • 2 384 mots
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Dans le chapitre « Les succès du jeune homme »  : […] Tout ce qu'il écrit alors se rattache de près ou de loin à une rencontre. À une révélation, plutôt : celle de Raymond Radiguet. « Le seul honneur que je réclame, écrira Cocteau, est d'avoir donné pendant sa vie à Raymond Radiguet la place illustre que lui vaudra sa mort. » Le futur auteur du Bal du comte d'Orgel a quinze ans […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-cocteau/#i_5587

Pour citer l’article

Claude BURGELIN, « RADIGUET RAYMOND - (1903-1923) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 octobre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/raymond-radiguet/