PSYCHOPATHOLOGIE ÉVOLUTIONNISTE

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On rattache volontiers à la psychologie évolutionniste, axée sur l’anthropologie préhistorique, une psychopathologie évolutionniste. Cette dernière est cependant antérieure à la première et s’enracine dans l’éthologie plutôt que dans l’histoire biologique de l’espèce humaine. Son propos est d’identifier, dans les symptômes psychiatriques, de possibles vestiges ou résurgences de conduites adaptées observables dans les comportements d’espèces animales plus ou moins proches de l’homme. Ainsi, on rapprochera l’agitation du maniaque de celle des animaux territoriaux marquant d’une hyperactivité motrice les limites de leur territoire ; ou les conduites anorexiques humaines du contrôle, chez certaines femelles, de leur propre prise de nourriture au profit d’une alimentation suffisante de leurs jeunes ; ou encore, les manifestations de l’hystérie de conversion de la feinte de l’aile brisée observée chez certaines espèces d’oiseaux nidifiant au sol qui, en cas de menace, s’écartent lentement du nid avec une aile déployée, comme blessée, puis prennent soudain leur envol.

Avec le développement de la psychologie évolutive, à la référence éthologique s’est combinée la référence à la préhistoire de l’homme pour expliquer symptômes psychiatriques ou troubles de la personnalité. Ainsi peut-on imaginer que l’individu antisocial, qui se rencontre encore au sein de toute société, ait joué un rôle depuis les origines lointaines. Il aurait tiré profit de ses conduites dommageables à autrui, tout en entretenant au niveau du groupe social une vigilance qui garantisse sa propre cohésion, fût-ce par l’exclusion du sociopathe.

Que la référence soit éthologique ou préhistorique, les rapprochements demeurent analogiques, et l’explication proposée hypothétique. Elle a le mérite d’offrir un autre regard sur les conduites psychopathologiques, non plus centré sur la déviance, mais sur leur valeur adaptative dans leur contexte d’origine, resté parfois, dans une certaine mesure, actuel.

—  Marc RICHELLE

Bibliographie

A. Demaret, Éthologie et Psychiatrie. Valeur de survie et phylogenèse des maladies mentales, Mardaga, Bruxelles, 1979, nouv. éd. 2014 (suivi de J. Englebert & V. Follet, Essai de psychopathologie éthologique).

Écrit par :

  • : professeur émérite, université de Liège, membre de l'Académie royale de Belgique

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Pour citer l’article

Marc RICHELLE, « PSYCHOPATHOLOGIE ÉVOLUTIONNISTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/psychopathologie-evolutionniste/